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Histoire de l'Économie - IV - Les drames - 1914-1945

De Notes Economiques et Politiques


Cette page repose dans son découpage comme son contenu en grande partie sur la très instructive bande dessinée : Economix[1]. Elle fait suite à la page Histoire de l’Économie - partie 3. Elle est centrée sur les deux Guerres Mondiales et la période entre-deux guerres.


Pour avoir une vue résumée de la chronologie, n'hésitez pas à visiter : Histoire de l'Économie - Chronologie

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Économies de guerre

La forte industrialisation de la période entraine de facto la fabrication en nombre d'armes et de munitions. Cela, et les tensions historiques entre les pays européens dans un contexte fortement colonial provoque un conflit dépassant largement le périmètre balkanique (la situation géopolitique et historique du monde est passionnante et mérite qu'on s'y intéresse - mais nous n'aborderons pas cette partie ici, que l'on consacre plutôt à un survol de l'histoire de l'économie). C'est la Première Guerre Mondiale (dont les causes sont multiples[2]), et avec elle son lot d'atrocités.

Du pur point de vue économique, pour pouvoir soutenir la fabrication de matériel de guerre, les États mettent en place une économie de guerre : celle-ci est particulièrement dirigée : il s'agit de réfléchir constamment à ce qu'il faut fabriquer, en quelle quantité, en rationnant éventuellement certains produits (dont ceux de première nécessité) pour pouvoir tenir le budget. A cette époque, les frappes visent aussi à gréver les capacités économiques de l'ennemi; au-delà des méthodes historiques de blocus, s'ajoutent donc des bombardements stratégiques (phénomène relativement nouveau dans les conflits), qui feront, comme on s'en doute, de nombreuses victimes civiles... Par conséquent, il s'agit aussi de motiver les populations, qui sont particulièrement touchées : l'économie de guerre est aussi une période de propagande, de censure, ou de désinformation parfois, ce qui sera le terreau de certaines idéologies à venir, on en reparlera.

En tout cas, à cette période, les pays en guerre empruntent aux États-Unis d'Amérique, qui restent neutres pendant une grande partie du conflit. Cependant, seuls les Alliés (membres de la Triple Entente) peuvent commercer avec eux, du fait du blocus mis en place pour contrer les puissances centrales (la Triple Alliance : Allemagne, Autriche/Hongrie), et s'endettent lourdement pour pouvoir acheter l'ensemble du matériel nécessaire à la Guerre. Lorsqu'en 1917, les Russes renversent le tsar, les États-Unis d'Amérique (via leur président Wilson) peuvent justifier de soutenir un bord plus qu'un autre (au nom de la défense de la démocratie, mais peut-être aussi pour des raisons purement économiques du fait des emprunts contractés par des Alliés qui devront rembourser leur dette, et qu'il vaudrait donc mieux voir gagner...). Mais le conflit est déjà dans une phase finale : les Russes voient rapidement Lénine diriger le pays (et se retirer du conflit dès 1917), et en 1918, l'armistice est signé et laisse l'ensemble des belligérants exsangues.

Les conséquences de la guerre

Le traité de Versailles

L'armistice est donc signé, en novembre 1918, et signe la fin des hostilités. L'Allemagne a perdu, mais est moins meurtrie géographiquement, car les combats n'ont pas eu lieu sur son sol. De leur côté, les Alliés sont les gagnants, mais ont dû payer un lourd tribu humain, industriel et matériel. La France comme l'Angleterre se sont fortement endettées auprès des USA, qui n'effacent pas leur dette. De fait, les États "victorieux" font signer à l'Allemagne, en 1919 (5 ans jour pour jour après l'attentat de Sarajevo qui est l'étincelle déclenchant la guerre), le traité de Versailles[3]. Celui-ci stipule que c'est à l'Allemagne de soutenir et rembourser l'ensemble de la dette de Guerre (ce qui aura pour effet évident de cultiver les graines de la colère future du pays). Ainsi, elle doit "rembourser" aux États victorieux le coût de la Guerre, et ceux-ci remboursent les USA.

L'Allemagne, étouffée, ne remboursera jamais entièrement la dette. Empêchée de commercer avec la plupart des pays alentour (et donc handicapée par une balance commerciale très déficitaire), cédant de nombreux matériels militaires, tributaire d'une dette de guerre à rembourser au gré des plans successifs qui l'imposent, celle-ci ne peut que ronger son frein. Elle connaîtra d'ailleurs de nombreuses inflations successives qui la mèneront à la sur-inflation[4]. Il n'est pas surprenant de constater que sa population est majoritairement hostile au traité, d'autant qu'elle a été désinformée par l'état major de son armée sur les véritables raisons de sa défaite. Elle subit de plus de plein fouet les conséquences du traité.

Une économie planifiée

La période a cependant été riche d'enseignements. En particulier, il est possible de faire fonctionner une économie, même dans un contexte géopolitique complexe et une situation financière qui l'est encore plus, dès lors qu'elle est dirigée vers un objectif et un cap clairs. Ce modèle inspirera des réflexions économiques, mais aussi politiques (on en reparlera en se focalisant sur les USA). Mais ce qui a marché en temps de guerre, où chacun était prêt à participer à l'effort commun, ne fonctionne pas aussi bien dans une démocratie en temps de paix.

Le fascisme

En Italie, un homme a lui aussi tiré des enseignements de l'Histoire, et a retenu que la propagande et la communication étatique peuvent être des outils puissants. Selon lui, si l'économie dirigée ne fonctionne pas dans une démocratie en temps de paix, c'est surtout parce que c'est une démocratie, autant donc s'en débarrasser. On assiste ainsi à la naissance d'une doctrine nouvelle, répondant à un contexte bien particulier à l'époque, et qui trouvera de nombreuses oreilles attentives dans cette période encore troublée : le fascisme, pensé et promu par Benito Mussolini : La démocratie n'est pas souhaitable : "Tout dans l’État, rien en dehors de l’État, rien contre l’État".

Cette doctrine trouvera un écho certain en Allemagne, alors que monte en puissance un autre homme, lui aussi mécontent de la situation géopolitique, et souhaitant donc également un changement radical : Adolf Hitler.

La montée des nationalismes aura les conséquences qu'on connaît, et méritent sûrement de longues heures de lecture. Les wikinautes sauront trouver les ressources associées, tant sociologiques, philosophiques, ou historiques sur Internet. Nous ne détaillerons pas plus ici.

Le communisme en URSS

Cette période, on l'a dit plus tôt, c'est aussi la grande victoire des prolétaires russes, qui renversent le tsar et ont pour objectif d'instaurer le communisme, qui est l'idéologie largement dominante en leur sein. Il est difficile ici de n'en parler que dans un court chapitre, mais il n'est peut-être pas opportun ici d'en faire un long paragraphe, et l'on consacrera sûrement à l'avenir des pages wiki dédiées au socialisme, au communisme et à la période associée (disons entre 1820 et 1991).

Mais pour donner quelques marqueurs historiques intéressants aux wikinautes, rappelons que la pensée socialiste apparaît dès le début du XIXèmesiècle, et l'on place souvent aux alentours de 1820 son apparition dans le langage courant. Quelques décennies après les écrits célèbres de Proudhon[5], c'est Karl Marx[6] et Friedrich Engels[7] qui posent les bases du communisme dans "Le Manifeste du Parti Communiste"[8]. La période est propice, le capitalisme modifiant largement l'univers historique des populations, et le socialisme (qui revêt différentes formes, dont le communisme (lui aussi protéiforme)) faisant des émules en Europe comme en Russie.

Or, la Grande Guerre est un tournant pour la Russie. Celle-ci, connaissant avant guerre une croissance fulgurante, se retrouve coupée de son commerce habituel, l'Europe ne pouvant plus être son client. L'économie du pays s'écroule, et apparaissent les premières famines. Sur le terrain militaire, après la défaite des Russes face aux Japonais au début du XXème siècle, c'est sur le flanc Ouest face aux forces de la Triple Alliance que les troupes essuient de nombreuses défaites. L'ensemble de ces facteurs provoque un moment idéal pour les ouvriers pour se soulever contre leur représentants étatiques, et la Révolution de février 1917 renverse le tsar Nicolas II (lui-même peu aimé de sa population, ayant épousée une Allemande). L'heure est à la liesse, mais les intérêts des révolutionnaires divergent. Cette période[9] est donc également très confuse, et voit s'opposer les nostalgiques de la monarchie, les membres de la restauration, les représentants des différentes Assemblées Constituantes, chacune se revendiquant du pouvoir légitime, les bolcheviks, ...

In fine, c'est l'"Armée Rouge" qui l'emporte, et en Octobre 2017, les Bolcheviks et Lénine remportent le pouvoir. Lénine retire rapidement les troupes russes du conflit mondial. Les tensions n'ont pas disparu pour autant, et tandis que s'instaure un communisme étatique qui se cherche (le manifeste n'explique pas ce qui se passe après la révolution prolétaire, le communisme s'imposant de facto, ce qui n'est pas le cas dans les faits en Russie). Jusqu'en 1921, les conflits internes sont légion, mais Lénine et les bolcheviks gagnent une certaine stabilité en réalisant certains progrès sociaux (peu d'interférence sur les petites propriétés fermières, libération des moeurs, ...) ou culturels, mais surtout en ayant bureaucratisé l'ensemble des strates du pouvoir.

Et voilà qu'en 1924, Lénine meurt. Ayant pourtant averti de sa méfiance vis-à-vis d'un de ses lieutenants, c'est celui-ci, Joseph Staline, qui s'empare du pouvoir, et qui l’assoira au cours des décennies suivantes au prix de nombreuses victimes qui lui seront opposées. Il n'a pourtant que peu pris part aux Révolutions de 1917, mais il s'assurera au cours de la quinzaine d'années suivant son accession au pouvoir (les wikinautes curieux s'intéresseront à la période de la Grande Terreur[10] de la seconde moitié des années 1930) de faire disparaître toutes les traces d'un passé moins glorieux, par l'intermédiaire de sa nomenklatura bureaucratique qui lui doit tout. La période est très difficile pour le peuple russe, pour les anciens révolutionnaires, pourtant communistes de la première heure, mais comme toute personne soupçonnée d'un hypothétique manque de sympathie vis-à-vis du leader suprême. Et la famine fait rage, dans toute l'Union des Républiques Socialistes Soviétiques, même en Ukraine, pourtant le grenier du pays.

Nous pourrions en dire tellement plus, mais nous ne souhaitons pas trop faire basculer cette page dans sa dimension historique et rester avec notre prisme économique également.

Et les USA dans tout ça ?

Pendant ce temps, en France

Suite

Pour lire la suite, c'est ici : (lien à modifier) Histoire de l'Économie - partie 5

Sources