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Indépendance des Banques centrales - Questionnements

De Notes Economiques et Politiques


Nous encourageons les wikinautes à lire auparavant, dans cet ordre, les pages sur la création monétaire puis sur les Banques centrales, pour mieux appréhender le propos ici. Une fois ces pages lues, les wikinautes sont invités à revenir ici.

Comme point de départ, résumons

Jusqu'ici (une fois lues les pages sur la création monétaire et les Banques centrales), nous avons donc posé que les banques commerciales sont les organes économiques qui créent de la monnaie ex-nihilo, à partir de rien. Il leur suffit pour ce faire d’écrire une ligne comptable, et le compte de l’agent économique associé se retrouve crédité de la somme concernée.

De manière indirecte, les Banques centrales influent sur ces crédits bancaires, notamment en contrôlant le corridor des taux directeurs sur le réseau interbancaire, où s’échange en particulier de la monnaie Banque centrale, la base monétaire M0, ou en imposant des réserves limitant la quantité totale de crédits.

Les missions des Banques centrales sont définies, et peuvent varier suivant les pays, mais leur but principal commun est la stabilité des prix, en tablant sur une inflation de l’ordre de 2%. Lorsque les mécanismes conventionnels précédemment mentionnés ne fonctionnent pas, elles peuvent utiliser des outils non-conventionnels (assouplissement quantitatif ou qualitatif, forward guidance, refinancements ciblés à long terme, ...).

L’indépendance des Banques centrales, de quoi parle-t-on ?[1]

Ceci nous mène à un point volontairement survolé dans les pages précédentes, sur lequel il est temps de se concentrer maintenant : l’indépendance des Banques centrales.

Késako ?

L’indépendance des Banques centrales c’est plus précisément l’indépendance de leur politique monétaire (les choix qu’elles font en matière de méthodes pour arriver à remplir leurs missions) vis-à-vis de l’État et du Trésor Public.

Cette indépendance, théoriquement pensée des les années 1920, n’a réellement été concrétisée (à quelques rares exceptions près) qu’à partir des années 90 (en Nouvelle-Zélande en 1989, suivies de la Banque d’Angleterre, la BCE (commission Jacques Delors), du Japon, ...)

Des degrés divers

Même si pendant longtemps, la réflexion a porté de manière binaire sur l’indépendance ou non des Banques centrales, les travaux des dernières décennies s’intéressent plutôt aux divers degrés d’indépendance.

Ainsi, une Banque centrale peut être légalement indépendante, dans ses statuts, mais dans les faits dépendre du ministère public auquel elle est rattachée. A l’inverse, une Banque centrale peut être légalement dépendante, mais dans les faits avoir une très grande autonomie, ce qui peut rendre difficile l’analyse et l’étude de l’indépendance des Banques centrales. In fine, c’est l’indépendance ‘‘de jure’’ et ‘‘de facto’’ qu’il nous faut distinguer.

De même, on peut voir l'indépendance de la Banque centrale vis-à-vis du monde politique (pas d'interférence de la part du pouvoir politique sur la politique monétaire menée par la Banque centrale), mais également son indépendance du point de vue économique (pas de financement direct des États de la part de la Banque centrale, et libre choix par la Banque centrale des outils pour mener à bien leur politique monétaire)[2].

Concrètement, qu’est-ce que cela implique ?

La Banque Centrale, ayant à cœur de mener à bien ses missions, tentera d’utiliser ses outils pour ce faire, sans se soucier, en théorie, de la dimension politique de ses actions. Ainsi, pour donner un exemple plus concret, il est possible que ses actions permettant théoriquement de limiter l’inflation, en augmentant ses taux directeurs, aient un impact sur la consommation, et puisse être considérée comme impopulaire. Son indépendance permet notamment de passer outre cette pression populaire éventuelle.

Mais pourquoi cette indépendance ?

Si ce concept est si récent, s’il est difficile de l’analyser, et si le débat est si clivant, comment se fait-il qu’il se soit imposé en peu de temps (une simple décennie) ? Sur quoi repose-t-il réellement, et que s’est-il passé historiquement ?

Les progrès de la science économique

Kydland & Prescott (1977)

En 1977, un article de Kydland & Prescott (Rules rather than discretion : The inconsistency of optimal plans[3]) introduit la notion d’incohérence temporelle des politiques publiques. Les deux économistes cherchent à démontrer que les politiques publiques (discrétionnaires) arrivent avec tant de retard que leur effet est en général incohérent par rapport à l’objectif visé initialement. Une décision, qui peut sembler optimale à court terme, peut en effet ne pas l’être à long terme.

Ils ajoutent qu’il faut par conséquent restreindre l’action publique avec des règles, notamment pour introduire de la prévisibilité et donc de la confiance dans le monde économique.

Ils concluent dans ces travaux (et ceux qui ont suivi) qu’il n’y a pas meilleur gage de respect des règles définies que l’indépendance de l’organisme qui les maintient, notamment parce que l’État serait mû par des politiques court-termistes motivées par des calculs électoraux.

Cet article, et les discussions qui ont ensuite animé la sphère économique pendant plusieurs années, ont été le point de départ des réflexions monétaires qui ont suivi, et ont renforcé l’idée de l’indépendance des banques centrales.

Prenons, avant de continuer, un instant pour noter plusieurs points :

  • Selon l’hypothèse de base des travaux des intéressés, l’inflation serait un phénomène particulièrement dû à des choix politiques ;
  • Du fait de l’existence d’une incohérence temporelle, la seule solution serait de créer des règles dont la seule garante ne pourrait être qu’une entité indépendante du pouvoir politique ;
  • La lutte contre l’inflation justifierait de prendre des décisions qui pourraient être impopulaires, du moins du point de vue politique ;
  • Le modèle économique utilisé comme base des travaux de Kydland & Prescott suppose une économie fermée, dans lequel les chocs économiques externes n’auraient qu’un impact limité (dans la période des chocs pétroliers récents et la fin des accords de Bretton Woods, l’hypothèse pourrait déjà à ce stade prêter à sourire).

Alesina & Summers (1988/1993)

Alesina en 1988, puis Summers en 1993, soulignent une relation forte et négative entre indépendance de la banque centrale et taux d'inflation. Ainsi, pour 16 pays développés, une relation négative est découverte selon eux entre l’indépendance de la banque centrale et la moyenne de la variance de l’inflation (facteur de corrélation de 0.82).

Notons qu’en 1992, l’indice de Cukierman (qui calcule l’indépendance des Banques centrales différemment de l’indice GMT utilisé par Alesina & Summers) montre un facteur de corrélation moindre (on baisse à 0.59). Si l’on s’intéresse aux 23 pays de l’OCDE plutôt qu’aux 16 choisis par Alesina & Summers, on tombe à 0.18. Et si l’on prend les 67 pays pour lesquels des données étaient disponibles selon une critique de Robert Barro de 1997, la corrélation est de l’ordre de 0.02[4].

Et en avant, Guingamp

On l’a soulevé par nos questionnements sur les travaux de Kydland & Prescott, les hypothèses de base de réflexion des économistes qui ont défendu l’indépendance des Banques centrales peuvent être débattues. Les résultats empiriques ne démontrent pas non plus la théorie[5].

Il n’en reste pas moins vrai que c’est pourtant cette théorie qui a justifié les changements de l’époque, et la vague d’indépendance plus prononcée d'un grand nombre de Banques centrales (Nouvelle-Zélande, Chili, BCE, la plupart des BCN en Europe, Japon, …etc.)

L’inflation des années 1970

La montée du pouvoir de la finance

Le contexte politique

Pourquoi y a t il débat aujourd’hui ?[6]

Est-ce que les missions des Banques centrales sont remplies ?

Est-ce que c’est démocratique une Banque centrale indépendante ?

Pour aller plus loin

N'hésitez pas à consulter la page : Création monétaire
Aussi : Les banques centrales
Une autre page d'intérêt : Les banques

Sources

  1. ↑ L'indépendance des Banques centrales selon wikipedia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Ind%C3%A9pendance_des_banques_centrales
  2. ↑ Les dimensions politiques & économiques de l'indépendance des Banques centrales : https://creg.ac-versailles.fr/l-independance-des-banques-centrales-renforce-t-elle-l-efficacite-des
  3. ↑ L'incohérence temporelle et l'importance des règles sur le discrétionnaire - Kydland & Prescott (1977) : https://www.sfu.ca/~kkasa/prescott_77.pdf
  4. ↑ La très fragile corrélation inverse entre indépendance des Banques centrales & inflation : https://archive.wikiwix.com/cache/?url=http%3A%2F%2Fwww.melchior.fr%2FIndependance-de-la-Banque-cent.3743.0.html
  5. ↑ Critique de l'indépendance des Banques centrales - Yves Steiner (2003) : https://www.unil.ch/files/live/sites/ssp/files/iep/cahiers_iep/14steiner.pdf
  6. ↑ La fragile notion d'indépendance des banques centrales : https://sciencespo.hal.science/hal-03403636/file/2018-3-rfe-les-banques-centrales-peuvent-elles-encore-etre-independantes-cblot.pdf.pdf