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« Acteurs économiques : Les banques centrales » : différence entre les versions

De Notes Economiques et Politiques
 
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{{Note | Cette page est un complément à d'autres pages. Nous invitons les wikinautes à d'abord lire la page sur la création monétaire : [[Création_monétaire|Création monétaire]]. Elle devrait permettre d'aborder des questionnements plus complexes, comme l'indépendance des Banques centrales.}}
{{Note | Cette page est un complément à d'autres pages. Nous invitons les wikinautes à d'abord lire la page sur la création monétaire : [[Création_monétaire|Création monétaire]]. Elle devrait permettre d'aborder des questionnements plus complexes, comme l'indépendance des Banques centrales, qui fera sûrement l'objet d'une page dédiée. En tout cas, celle-ci est destinée à se concentrer particulièrement sur le rôle des Banques centrales<ref>Petite introduction des Banques centrales par la BdF : https://www.youtube.com/watch?v=XH9n7-Vsahk</ref>. C'est parti pour un petit tour d'horizon...}}
== '''Page en cours de construction''' ==
 
Cette page est destinée à se concentrer particulièrement sur le rôle des Banques centrales<ref>Petite introduction des Banques centrales par la BdF : https://www.youtube.com/watch?v=XH9n7-Vsahk</ref>. C'est parti pour un petit tour d'horizon...
 
== La stabilité des prix ==
== La stabilité des prix ==
 
La mission principale et première des Banques centrales est d'assurer la stabilité des prix<ref name="stability">La stabilité des prix et ses enjeux : https://www.ecb.europa.eu/ecb-and-you/explainers/tell-me-more/html/stableprices.fr.html</ref>. Cela implique deux concepts dont il faut continuellement surveiller la balance : d'un côté, les prix ne doivent pas enregistrer de hausse (inflation) importante, mais aussi toute période continue de baisse des prix (déflation) doit être évitée.  
La mission principale et première des Banques centrales est d'assurer la stabilité des prix<ref name="stability">La stabilité des prix et ses enjeux : https://www.ecb.europa.eu/ecb-and-you/explainers/tell-me-more/html/stableprices.fr.html</ref>. D'ailleurs, qu'est-ce que la stabilité des prix ? Cela implique deux concepts dont il faut continuellement surveiller la balance : à la fois les prix ne doivent pas enregistrer de hausse (inflation) importante, mais aussi toute période continue de baisse des prix (déflation) doit être évitée.  


=== Pourquoi, en théorie, une inflation trop forte n'est pas bonne ? ===
=== Pourquoi, en théorie, une inflation trop forte n'est pas bonne ? ===
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Si le coût de la vie croît, il est possible que les ménages demandent des augmentations de salaire. Les employeurs pourraient alors avoir, en réaction, la volonté d'augmenter les prix pour satisfaire les revendications salariales de ses employés (tout en conservant leurs marges). Si beaucoup d'acteurs économiques agissent de la même façon, les hausses de prix continueront et la spirale ne s'arrêtera pas.
Si le coût de la vie croît, il est possible que les ménages demandent des augmentations de salaire. Les employeurs pourraient alors avoir, en réaction, la volonté d'augmenter les prix pour satisfaire les revendications salariales de ses employés (tout en conservant leurs marges). Si beaucoup d'acteurs économiques agissent de la même façon, les hausses de prix continueront et la spirale ne s'arrêtera pas.


Cette spirale rend difficile pour les agents économiques que sont les ménages et les entreprises de ''planifier'' leurs économies comme leurs investissements. Il se peut aussi que la confiance en la monnaie se détériore du fait de sa dépréciation rapide (si il me faut 20 "flouz" au lieu de 15 "flouz" pour acheter des biens, c'est que le "flouz" se dévalue).
Cette spirale rend difficile pour les agents économiques que sont les ménages et les entreprises de ''planifier'' leurs économies comme leurs investissements. Il se peut aussi que la confiance en la monnaie se détériore du fait de sa dépréciation (s'il me faut 20 "flouz" au lieu de 15 "flouz" pour acheter des biens, c'est que le "flouz" se dévalue).


Mais en poussant le raisonnement et ces hypothèses, c'est en particulier le risque d'hyperinflation que les Banques centrales cherchent à tout prix à éviter (cas d'inflation ultra-rapide conduisant à l'effondrement de la valeur de la monnaie associée). Les exemples historiques de cas d'hyperinflation sont par exemple l'Allemagne après 1918 sous la république de Weimar, ou l'Argentine dans la fin des années 80<ref>Cas d'hyperinflation historiques : https://fr.wikipedia.org/wiki/Hyperinflation#Les_cas_d'hyperinflation_dans_l'Histoire</ref>
Mais en poussant le raisonnement et ces hypothèses, c'est en particulier le risque d'hyperinflation que les Banques centrales cherchent à tout prix à éviter (cas d'inflation ultra-rapide conduisant à l'effondrement de la valeur de la monnaie associée). Les exemples historiques de cas d'hyperinflation sont par exemple l'Allemagne après 1918 sous la république de Weimar, ou l'Argentine dans la fin des années 80<ref>Cas d'hyperinflation historiques : https://fr.wikipedia.org/wiki/Hyperinflation#Les_cas_d'hyperinflation_dans_l'Histoire</ref>
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Elle repose surtout sur la notion de prévisibilité, et sur la relation de confiance qu'ont l'ensemble des acteurs économiques (mais aussi financiers) sur l'économie et les prix d'aujourd'hui ... et de demain.
Elle repose surtout sur la notion de prévisibilité, et sur la relation de confiance qu'ont l'ensemble des acteurs économiques (mais aussi financiers) sur l'économie et les prix d'aujourd'hui ... et de demain.


Même si c'est la politique actuelle, elle a sans cesse évolué (et évoluera encore sans l'ombre d'un doute). Les théories s'affrontent, comme souvent en économie, et l'on peut trouver des données empiriques pour contredire comme appuyer ces théories.
Même si c'est la politique actuelle, elle a sans cesse évolué (et évoluera encore sans l'ombre d'un doute). Les théories s'affrontent, comme souvent en économie, et l'on peut trouver des données empiriques pour contredire comme appuyer ces théories, suivant les hypothèses que l'on accepte de poser.


== Pour la Fed : Soutenir l'emploi ==
== Pour la Fed : Soutenir l'emploi ==
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* La poursuite des travaux sur les risques liés à la nature.
* La poursuite des travaux sur les risques liés à la nature.


Je n'ai pas su trouver en quelques recherches rapides de proposition concrètes qui révolutionnent réellement les mécanismes mis en place jusqu'alors, pour adresser pleinement le point de l'écologie.
Nous n'avons pas su trouver en quelques recherches rapides de proposition concrètes qui révolutionnent réellement les mécanismes mis en place jusqu'alors, pour adresser pleinement le point de l'écologie.


== Avec quels outils ? ==
== Avec quels outils ? ==
Nous l'avons évoqué dans la page relative à la [[Création_monétaire|création de monnaie]], la Banque centrale a à sa disposition un certain nombre d'outils pour piloter ses missions. Nous l'avons dit notamment, sa politique est ''indirecte''. Elle cherche à influer sur le comportement des banques commerciales, en lui fixant des limites diverses et par des politiques monétaires incitatives, mais respectent néanmoins en parallèle le principe de liberté qui caractérise le modèle économique moderne. In fine, c'est une vision obéissant à la loi de Say<ref>Loi de Say : https://fr.wikipedia.org/wiki/Loi_de_Say</ref> qui impliquerait que dès lors qu'on fait varier la quantité de monnaie en circulation, alors on contrôle de facto les prix et l'inflation.
Nous l'avons évoqué dans la page relative à la [[Création_monétaire|création de monnaie]], la Banque centrale a à sa disposition un certain nombre d'outils pour piloter ses missions. Nous l'avons dit notamment, sa politique est ''indirecte''. Elle cherche à influer sur le comportement des banques commerciales, en lui fixant des limites diverses et par des politiques monétaires incitatives, mais respectent néanmoins en parallèle le principe de liberté qui caractérise le modèle économique moderne. In fine, c'est une vision qui croit à la loi de Say<ref>Loi de Say : https://fr.wikipedia.org/wiki/Loi_de_Say</ref> qui impliquerait que dès lors qu'on fait varier la quantité de monnaie en circulation, alors on contrôle de facto les prix et l'inflation.


=== Les outils conventionnels ===
=== Les outils conventionnels ===
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Le concept de forward guidance consiste en ce qu'une Banque centrale fournisse des éléments pour indiquer l'orientation de sa politique monétaire future. Elle a donc pour but d'apporter de la prévisibilité dans ce qu'elle souhaite faire à l'avenir, afin de réduire l'incertitude, et encourager les marchés à aller dans la direction qu'elle souhaite.
Le concept de forward guidance consiste en ce qu'une Banque centrale fournisse des éléments pour indiquer l'orientation de sa politique monétaire future. Elle a donc pour but d'apporter de la prévisibilité dans ce qu'elle souhaite faire à l'avenir, afin de réduire l'incertitude, et encourager les marchés à aller dans la direction qu'elle souhaite.


Sa politique monétaire étant connue, il lui faut alors respecter l'engagement promis, afin d'engager la confiances de l'ensemble des acteurs concernés. Elle repose aussi sur l'évaluation faite par le "Conseil des gouverneurs", gage de confiance supplémentaire.
Sa politique monétaire étant connue, il lui faut alors respecter l'engagement promis, afin d'engager la confiance de l'ensemble des acteurs concernés. Elle repose aussi sur l'évaluation faite par le "Conseil des gouverneurs", gage de confiance supplémentaire.


==== Assouplissement qualitatif<ref>L'assouplissement qualitatif : https://fr.wikipedia.org/wiki/Assouplissement_qualitatif</ref> ====
==== Assouplissement qualitatif<ref>L'assouplissement qualitatif : https://fr.wikipedia.org/wiki/Assouplissement_qualitatif</ref> ====
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* Il s'agit d'opérations "ciblées". Elles visent spécifiquement à augmenter le volume de prêts bancaires accordés par les banques commerciales aux ménages et entreprises ;
* Il s'agit d'opérations "ciblées". Elles visent spécifiquement à augmenter le volume de prêts bancaires accordés par les banques commerciales aux ménages et entreprises ;
* Ces opérations sont "conditionnelles". Les banques commerciales doivent s'engager à faire circuler la liquidité nouvellement acquise : le montant maximal proposé est plafonné par le niveau correspondant de prêts que la banque s'engage à octroyer aux ménages et entreprises avant l'opération. Plus la banque consent de prêts aux entreprises et ménages, plus la banque peut emprunter via des TLTRO ;
* Ces opérations sont "conditionnelles". Les banques commerciales doivent s'engager à faire circuler la liquidité nouvellement acquise : le montant maximal proposé est plafonné par le niveau correspondant de prêts que la banque s'engage à octroyer aux ménages et entreprises avant l'opération. Plus la banque consent de prêts aux entreprises et ménages, plus la banque peut emprunter via des TLTRO ;
* Les TLTRO sont des prêts à échéance de 4 ans, ce qui est bien plus long que les opérations d'open-market qui ont général une échéance d'une semaine.
* Les TLTRO sont des prêts à échéance de 4 ans, ce qui est bien plus long que les opérations d'open-market qui ont en général une échéance d'une semaine.
 
== Les politiques monétaires non-conventionnelles de la BCE entre 2010 et 2022<ref>Politiques non-conventionnelles de la BCE (2010-2022) : https://www.lafinancepourtous.com/decryptages/politiques-economiques/theories-economiques/creation-monetaire/le-rachat-de-titres-de-la-dette-publique-par-la-bce-peut-il-etre-assimile-a-de-la-creation-monetaire/</ref> ==
Pour illustrer encore un peu plus loin les outils non-conventionnels utilisés par les Banques centrale, nous prendrons l'exemple concret de la BCE et de sa politique monétaire des dernières années.
 
=== Le Securities Markets Program (SMP) ===
Le but de ce programme, mis en place en mai 2010, consistait à racheter des titres de dettes publiques directement sur le marché secondaire (c'est à dire auprès des banques commerciales qui les détenait, le plus souvent). C'est ainsi que la BCE a racheté des obligations souveraines de l'Espagne, de la Grèce, de l'Irlande, de l'Italie et du Portugal, pour un montant d'environ 220 milliards d'euros. Notons que pour ce rachat la BCE a ''stérilisé'' ses opérations en retirant le même montant de liquidités des comptes Banque centrale des établissements concernés. De fait, aucune création monétaire n'a été faite, et la ''base monétaire'' n'a donc pas bougé.
 
=== L'Outright Monetary Transaction (OMT) ===
Le programme SMP a cédé sa place en 2012 à l'OMT, mais qui n'a donné lieu, in fine, à aucun rachat.
 
=== L'Asset Purchase Program (APP), le programme de Quantitative Easing européen ===
Nous en avons abordé le concept plus haut, la BCE a aussi utilisé l''''assouplissement quantitatif''' pour influer sur l'économie réelle. Cette politique se base sur plusieurs concepts, dits de canaux de transmission de la politique monétaire :
 
==== Le canal du crédit ====
La BCE fait gonfler la quantité de liquidités dont les banques commerciales disposent sur leur compte Banque centrale, en leur rachetant leurs obligations. De fait, elles encouragent les banques à prêter plus aisément sur le marché de l'économie réelle, comme on l'a vu plus haut en abordant le concept d'assouplissement quantitatif (le quantitative easing en anglais, ou QE pour les intimes).
 
==== Le canal du prix des actifs ====
Du fait de ces achats massifs, le prix des obligations augmente de facto (la demande augmente, donc l'offre s'adapte). Cela a aussi pour effet de réduire le rendement des obligations (elles sont plus chères, mais rapportent le même montant). Les nouvelles obligations sont alors moins intéressantes (leur taux d'intérêt diminue en effet, puisqu'elles rapportent un montant équivalent alors qu'elles coûtent plus cher à l'achat, nous venons de le dire). Cela a pour effet escompté d'encourager l'investissement et la consommation.
 
==== Le canal de la confiance ====
Puisque la politique de la BCE concernant ses achats est claire et connue, elle peut avoir tendance à rassurer les agents économiques et les aider à prévoir leurs investissements ou consommations futures.
 
==== Le canal du signal ====
De même, les investisseurs se voient offrir la même prévisibilité et cela les aide dans leurs anticipations.
 
==== Le canal du taux de change ====
Les effets sur l'international d'un tel programme sont plus difficiles à prévoir, mais l'on considère que de manière générale, ces effets sont positifs.
 
==== Les chiffres ====
En 2015, le programme d'assouplissement quantitatif de la BCE affichait un objectif de rachat d'obligations à hauteur de 1100 milliards d'euros. Ce programme, l'APP, a duré jusque fin 2018, et a finalement chiffré à hauteur d'environ 2600 milliards d'euros.
 
=== Le Pandemic Emergency Purchase Programme (PEPP) ===
Enfin, la Covid-19 a provoqué une nouvelle opération de QE, avec un montant en 2020 atteignant 1850 milliards. Fin 2022, qui a marqué la fin de l'utilisation de cet outil, l'enveloppe globale chiffrait à plus de 5000 milliards d'euros.
 
=== Mais la création monétaire dans tout ça ? ===
Notons que la masse monétaire (la monnaie de l'économie réelle, l'agrégat M1, M2, M3) n'a pas spécialement augmenté, malgré l'augmentation conséquente de la base monétaire (la monnaie Banque centrale, M0). On en parlera sûrement plus longuement dans d'autres pages, mais notons cela dans un coin pour référence future.
 
== Quel résultat ? ==
Voici la courbe de l'inflation en France entre 2000 et 2025. Notons, par honnêteté intellectuelle, qu'il s'agit de l'inflation de la France uniquement, pas de l'ensemble de la zone couverte par la BCE. Nous préférons réserver une page dédiée à la critique de la politique monétaire de la BCE, et laissons simplement les wikinautes découvrir les données de l'INSEE<ref>INSEE - L'essentiel de l'inflation : https://www.insee.fr/fr/statistiques/4268033</ref> :
[[Fichier:BdF-Inflation-2020-2025.png|cadre|centré|alt=La courbe de l'inflation selon l'INSEE montre des variations chaque année dans sa valeur|Courbe de l'inflation en France - source : INSEE]]
 
Pour découvrir la courbe d'inflation selon Eurostat de l'ensemble de la zone euro, voire de l'UE, c'est [https://ec.europa.eu/eurostat/en/web/products-euro-indicators/w/2-17092026-ap?item=chart&id=1 ici]


== Les missions complémentaires éventuelles des Banques centrales ==
== Les missions complémentaires éventuelles des Banques centrales ==
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L'économie n'est pas qu'une affaire de spécialiste, et l'un des rôles des Banques centrales (c'est en tout cas l'engagement de 70 pays dont ceux de l'OCDE) est de promouvoir l'éducation de tous sur les grands principes économiques. Elle a forcément un parti pris, mais fournit néanmoins des clés pour comprendre les mécanismes économiques en vigueur aujourd'hui.
L'économie n'est pas qu'une affaire de spécialiste, et l'un des rôles des Banques centrales (c'est en tout cas l'engagement de 70 pays dont ceux de l'OCDE) est de promouvoir l'éducation de tous sur les grands principes économiques. Elle a forcément un parti pris, mais fournit néanmoins des clés pour comprendre les mécanismes économiques en vigueur aujourd'hui.


Certaines références de cette page reposent justement sur des liens issus de cette sensibilisation. Différents formats de formation existent par ailleurs<ref>Référence livre : l'ABC de l'économie : https://www.dunod.com/entreprise-et-economie/abc-economie-guide-d-education-economique-monetaire-et-financiere</ref>
Certaines références de cette page reposent justement sur des liens issus de cette sensibilisation. Différents formats de formation existent par ailleurs<ref>Référence livre : l'ABC de l'économie : https://www.dunod.com/entreprise-et-economie/abc-economie-guide-d-education-economique-monetaire-et-financiere</ref>.
 
== Indépendance des Banques centrales<ref>L'indépendance des Banques centrales : https://fr.wikipedia.org/wiki/Ind%C3%A9pendance_des_banques_centrales</ref> ==
Nous n'avons pas évoqué l'indépendance des Banques centrales, qui mérite une page dédiée. C'est un concept important qui a fait débat, et qui continue de le faire aujourd'hui. On l'a survolé également sur la page de la [[Création_monétaire|création monétaire]]. Nous le remettons brièvement ici : depuis les années 1990, certaines économies modernes posent le principe que les banques centrales adoptent une politique monétaire indépendante de ce que souhaitent les gouvernements auxquels elles sont adossées. L'illustration principale de ce concept est que les États ne peuvent plus emprunter directement à leurs Banques centrales. Ce qui n'a clairement pas toujours été le cas, et est d'ailleurs remis en cause par nombre d'économistes<ref>La fragile notion d'indépendance des banques centrales : https://sciencespo.hal.science/hal-03403636/file/2018-3-rfe-les-banques-centrales-peuvent-elles-encore-etre-independantes-cblot.pdf.pdf</ref>...
 
Nous mettons ici une citation tout de même :
<blockquote>
Forder [2005] rappelle d’ailleurs, d’une part, que l’idée de banque centrale indépendante [...] ne faisait pas consensus parmi les économistes.
</blockquote>


== Pour aller plus loin ==
== Pour aller plus loin ==
N'hésitez pas à consulter la page : [[Création_monétaire|Création monétaire]]<br/>
N'hésitez pas à consulter la page : [[Indépendance_des_Banques_centrales_-_Questionnements|L'indépendance des banques centrales questionnée]]<br/>
Une autre page d'intérêt : [[Acteurs_économiques_:_Les_banques|Les banques]]
Nous vous l'avons conseillée : [[Création_monétaire|Création monétaire]]<br/>
Une autre page d'intérêt : [[Acteurs_économiques_:_Les_banques|Les banques]]<br/>


== Sources ==
== Sources ==

Dernière version du 30 septembre 2026 à 16:16


Cette page est un complément à d'autres pages. Nous invitons les wikinautes à d'abord lire la page sur la création monétaire : Création monétaire. Elle devrait permettre d'aborder des questionnements plus complexes, comme l'indépendance des Banques centrales, qui fera sûrement l'objet d'une page dédiée. En tout cas, celle-ci est destinée à se concentrer particulièrement sur le rôle des Banques centrales[1]. C'est parti pour un petit tour d'horizon...

La stabilité des prix

La mission principale et première des Banques centrales est d'assurer la stabilité des prix[2]. Cela implique deux concepts dont il faut continuellement surveiller la balance : d'un côté, les prix ne doivent pas enregistrer de hausse (inflation) importante, mais aussi toute période continue de baisse des prix (déflation) doit être évitée.

Pourquoi, en théorie, une inflation trop forte n'est pas bonne ?

L'inflation, c'est une hausse de prix généralisée[3] et une baisse du pouvoir d'achat. En effet, la monnaie dont nous disposons ne permet pas d'acheter autant de biens et de services qu'avant, puisque leurs prix ont augmenté.

Si le coût de la vie croît, il est possible que les ménages demandent des augmentations de salaire. Les employeurs pourraient alors avoir, en réaction, la volonté d'augmenter les prix pour satisfaire les revendications salariales de ses employés (tout en conservant leurs marges). Si beaucoup d'acteurs économiques agissent de la même façon, les hausses de prix continueront et la spirale ne s'arrêtera pas.

Cette spirale rend difficile pour les agents économiques que sont les ménages et les entreprises de planifier leurs économies comme leurs investissements. Il se peut aussi que la confiance en la monnaie se détériore du fait de sa dépréciation (s'il me faut 20 "flouz" au lieu de 15 "flouz" pour acheter des biens, c'est que le "flouz" se dévalue).

Mais en poussant le raisonnement et ces hypothèses, c'est en particulier le risque d'hyperinflation que les Banques centrales cherchent à tout prix à éviter (cas d'inflation ultra-rapide conduisant à l'effondrement de la valeur de la monnaie associée). Les exemples historiques de cas d'hyperinflation sont par exemple l'Allemagne après 1918 sous la république de Weimar, ou l'Argentine dans la fin des années 80[4]

On constate que cette théorie part d'hypothèses, et correspond donc à une vision précise de l'économie, mais c'est en tout cas celle qui sous-tend la politique monétaire des Banques centrales en 2026.

Pourquoi, en théorie, une déflation trop longue n'est pas bonne ?

La déflation, c'est l'inverse. Lorsque l'on est consommateur, cela semble être une aubaine. Néanmoins, là encore, le phénomène est à étudier dans la notion de prévisibilité. Si les consommateurs pensent que le prix des biens ou des services qui les intéressent vont baisser demain, ils pourraient être tentés de patienter avant de consommer. Si les agents économiques raisonnent tous de la même manière, alors ce sont les entreprises qui vont en pâtir, puisque leurs ventes risquent de stagner ou diminuer.

Si la consommation chute, du fait de cet attentisme, les entreprises peuvent se voir contraintes de geler ou réduire leur production, et donc geler ou réduire les salaires, voire de réduire leurs effectifs. Cela pourrait donc engendrer une hausse du chômage.

Le ralentissement de l'économie pourrait donc provoquer une réduction généralisée des dépenses et de l'investissement, dans le privé comme dans le service public.

La déflation la plus connue est probablement la grande crise de 1929 qui éclata à la bourse de New York le 24 octobre[5].

Dans ce chapitre comme le précédent, on comprend donc que la théorie, en posant certaines hypothèses, repose également sur une notion de temporalité : c'est ce qui est fait aujourd'hui qui a des conséquences sur demain, notamment du fait de l'observation, précise ou non, erronée ou non, par l'ensemble des acteurs économiques de ce qui se produit aujourd'hui.

Pourquoi un taux de 2% d'augmentation des prix fixé par la BCE ?

Une inflation mesurée, et une déflation limitée dans le temps. In fine, quel est l'objectif de la BCE ? Il est défini précisément, de manière quantitative, par un taux d'inflation appelé indice des prix à la consommation harmonisé (IPCH)[6] et qui vaut 2% à moyen terme. C'est à dire qu'à moyen terme, les prix doivent augmenter à hauteur de 2%, donc que l'on doit avoir une légère inflation pour que la BCE considère que sa politique de stabilité des prix est un succès.

Le taux de 2% :

  • Permet d'afficher un objectif clair et prévisible, donc d'améliorer la prévisibilité de l'économie ;
  • Permet de disposer d'une petite marge de sécurité en cas de déflation (et donc d'éviter de faire trop appel à des outils non-conventionnels de la part de la Banque centrale) ;
  • De supporter l'écart d'inflation entre les différents pays de la zone Euro (les observations s'effectuant sur du temps moyen ou long, cela permet en théorie de lisser les écarts éventuels entre les pays, certains pouvant avoir une inflation plus forte que d'autres, par exemple)

Mais pourquoi défendre cette stabilité ?

La théorie consiste à imaginer que la stabilité des prix "concourt à assurer la croissance de l’économie mais aussi à protéger les emplois et à préserver le pouvoir d’achat", c'est en tout cas ce que l'on peut lire sur le site de la BCE[2]. Et l'on a pu voir dans les points précédents ce que la théorie reprochait à une inflation trop forte ou à une déflation trop longue dans le temps.

Elle repose surtout sur la notion de prévisibilité, et sur la relation de confiance qu'ont l'ensemble des acteurs économiques (mais aussi financiers) sur l'économie et les prix d'aujourd'hui ... et de demain.

Même si c'est la politique actuelle, elle a sans cesse évolué (et évoluera encore sans l'ombre d'un doute). Les théories s'affrontent, comme souvent en économie, et l'on peut trouver des données empiriques pour contredire comme appuyer ces théories, suivant les hypothèses que l'on accepte de poser.

Pour la Fed : Soutenir l'emploi

Parce qu'il semble important de le noter, la Banque centrale des USA, la fameuse "Federal Reserve", ou Fed, a également un objectif complémentaire qui est le soutien à l'emploi[7]. Dit plus clairement, elle cherche même à maximiser l'emploi et défend le "plein emploi". Notons que ce n'est pas l'objectif affiché de la BCE, par exemple.

Pour la SEBC : Soutenir les missions de politique générale de l'UE[8]

Rien de mieux que de citer l'article ad-hoc pour parler de cette mission de la SEBC (qui regroupe la BCE, et les BCN de l'UE, même celles en-dehors de l'eurosystème, comme la Banque centrale de Suède pour n'en citer qu'une) :

L'objectif principal du Système européen de banques centrales [...] est de maintenir la stabilité des prix. Sans préjudice de l'objectif de stabilité des prix, le SEBC apporte son soutien aux politiques économiques générales dans l'Union, en vue de contribuer à la réalisation des objectifs de l'Union, tels que définis à l'article 3 du traité sur l'Union européenne. Le SEBC agit conformément au principe d'une économie de marché ouverte où la concurrence est libre, en favorisant une allocation efficace des ressources et en respectant les principes fixés à l'article 119.

Pour la BCE : La lutte contre le changement climatique[9]

Nous laisserons les wikinautes juges de la politique de la BCE sur ce sujet. L'objectif est en tout cas apparent dans les mission de la BCE, la lutte contre le changement climatique fait bien partie des missions régaliennes de l'organisme. Elle suit ainsi les travaux sur 3 volets :

  • L'orientation de la transition écologique ;
  • L'évaluation et la prise en compte de l’incidence physique accrue du changement climatique ;
  • La poursuite des travaux sur les risques liés à la nature.

Nous n'avons pas su trouver en quelques recherches rapides de proposition concrètes qui révolutionnent réellement les mécanismes mis en place jusqu'alors, pour adresser pleinement le point de l'écologie.

Avec quels outils ?

Nous l'avons évoqué dans la page relative à la création de monnaie, la Banque centrale a à sa disposition un certain nombre d'outils pour piloter ses missions. Nous l'avons dit notamment, sa politique est indirecte. Elle cherche à influer sur le comportement des banques commerciales, en lui fixant des limites diverses et par des politiques monétaires incitatives, mais respectent néanmoins en parallèle le principe de liberté qui caractérise le modèle économique moderne. In fine, c'est une vision qui croit à la loi de Say[10] qui impliquerait que dès lors qu'on fait varier la quantité de monnaie en circulation, alors on contrôle de facto les prix et l'inflation.

Les outils conventionnels

Parmi les outils à sa disposition, la Banque centrale peut utiliser des mécanismes usuels, dits "conventionnels". Ainsi, elle fixe les taux directeurs (qui jouent sur les prêts et emprunts que les banques peuvent se faire entre elles sur le marché interbancaire), qui ont donc une conséquence indirecte sur les crédits proposés par les banques sur le marché et l'économie réels. Elle peut également fixer un taux de réserves obligatoires sur les "comptes Banque centrale" obligatoires pour les banques commerciales, qui imposent donc une limite haute à ce qu'une banque commerciale aura le droit de prêter. Enfin, cette contrainte de comptes sur le marché interbancaire lui permet de contrôler si les règles des différents acteurs bancaires sont bien respectées. Résumons à nouveau rapidement pour les wikinautes qui n'auront pas encore lu la page sur la création monétaire.

Les taux de réserves obligatoires

Il s'agit de la quantité de monnaie banque centrale que les banques commerciales ont pour obligation de laisser, en rapport des prêts qu'elles accordent. Ce taux est fixé à 1% par la BCE, depuis 2012. C'est outil est bien peu utilisé en Europe. En revanche, la Banque Populaire de Chine (sa Banque centrale, donc) l'utilise de manière plus dynamique, en fonction de ce qu'elle observe dans l'économie[11].

Les taux de prêt marginal/taux de facilité de prêt marginal/taux d'escompte

Il s'agit du taux des prêts consentis par la Banque centrale aux banques qui le souhaitent, et représentent le taux plafond auquel les banques peuvent emprunter à leur banque centrale. Ils ont une échéance très courte (souvent 24 heures). Ils n'ont, a priori, pas de limite quant à la somme empruntée.

Les taux de rémunération des dépôts/taux de facilité de dépôt

Il s'agit des taux auxquels la Banque centrale rémunère les dépôts des banques sur leurs comptes Banque centrale. Il s'agit du taux plancher journalier, et ils ont également une échéance très courte (souvent 24 heures).

Les taux opérations (d'open-market)/opérations de refinancement

Instrument principal des Banques centrales modernes, les opérations de refinancement ont une échéance un peu plus longue que les taux directeurs précités, et représentent LE taux directeur de la Banque centrale s'il ne fallait ne parler que d'un seul taux. C'est de lui dont on parle quand on dit qu'une banque se refinance auprès de sa banque centrale.

Il y a 4 modalités d'emprunt possible dans la zone euro (donc couverte par la BCE et les BCN soumises à l'euro) :

  • Les OPR (opérations principales de refinancement) sont celles dont on parle en majorité et représentent les 3/4 des échanges d'open-market ;
  • Les LTRO (à plus long terme) ont une échéance à 3 mois. Ils sont destinés aux établissement de taille moyenne ou petite, qui utilisent peu le marché interbancaire pour couvrir leurs liquidités, et ont besoin d'une procédure simplifiée pour couvrir leur refinancement en échangeant directement avec la Banque centrale ;
  • Les opérations de réglage fin, plus exceptionnelles, qui ont pour objectif de réduire les fluctuations des taux d'intérêt ;
  • Les opérations structurelles, qui ne jouent pas sur les taux d'intérêt, mais plutôt sur la position de liquidité des banques

Les outils non-conventionnels

Malgré l'ensemble des outils que nous avons pu évoquer soit brièvement plus haut, soit plus en détail sur la page de la création monétaire dédiée, il arrive que la machine se grippe. Les Banques centrales peuvent alors utiliser d'autres mécanismes, considérés comme exceptionnels, sensés résoudre les problèmes que les outils conventionnels n'ont pas réussi à résorber, les outils dits non-conventionnels[12]. Nous allons parler de l'assouplissement quantitatif (quantitative easing), ou de la forward guidance entre autres.

Assouplissement quantitatif[13]

L'assouplissement quantitatif consiste pour une Banque centrale à racheter de manière conséquente des titres de dette publique (particulièrement des obligations publiques pour citer l'exemple le plus simple et courant) aux acteurs financiers (typiquement, les banques commerciales). Le but théorique est d'augmenter la quantité de monnaie banque centrale détenue par les banques, et donc de réduire les taux d'intérêts à moyen/long terme, incitant les banques à prêter d'avantage aux acteurs économiques.

Notons un premier point.

Les Banques centrales indépendantes n'achètent pas directement d'actifs auprès des États eux-mêmes, qui est une pratique interdite puisqu'elles respectent le principe d'indépendance vis-à-vis des États (ce qui n'a pas toujours été le cas, l'indépendance effective des Banques centrales étant en place dans de nombreux pays qui suivent ce modèle depuis les années 90 grosso modo). Nous dédierons une page sur l'indépendance des Banques centrales, qui mérite qu'on s'y attarde. Les États n'ayant pas le droit d'emprunter directement aux Banques centrales, ce sont les banques commerciales qui jouent ce rôle, et la Banque centrale rachète donc les titres de dettes concernés auprès desdites banques.

Notons également que cette pratique se distingue des opérations d'open-market habituelles par le volume concerné, la durée dans le temps (on est sur une échelle d'années ici), et la nature spécifique des actifs rachetés par la Banque centrale.

Cette politique a été mise en place en 2001 par la Banque centrale du Japon par exemple, pour faire face à la crise de la décennie 90, ou par la Fed, la BCE et la Banque d'Angleterre vers 2007-2008 (période du début de la crise des subprimes) et stoppé dans les années 2021-2023 du fait d'une forte inflation.

Forward guidance[14]

Le concept de forward guidance consiste en ce qu'une Banque centrale fournisse des éléments pour indiquer l'orientation de sa politique monétaire future. Elle a donc pour but d'apporter de la prévisibilité dans ce qu'elle souhaite faire à l'avenir, afin de réduire l'incertitude, et encourager les marchés à aller dans la direction qu'elle souhaite.

Sa politique monétaire étant connue, il lui faut alors respecter l'engagement promis, afin d'engager la confiance de l'ensemble des acteurs concernés. Elle repose aussi sur l'évaluation faite par le "Conseil des gouverneurs", gage de confiance supplémentaire.

Assouplissement qualitatif[15]

On en parle moins en ce moment, mais il existe un autre mécanisme non-conventionnel d'assouplissement, l'assouplissement qualitatif. Il s'agit pour une Banque centrale d'acheter des titres de dette publique ou des créances de faible qualité, soit en monnaie, soit via des actifs de qualité. Le but est d'assainir le marché, et éviter que trop d'actifs toxiques viennent perturber l'économie.

TLTRO

Les TLTRO sont des opérations ciblées de refinancement à plus long terme (Targeted longer-term refinancing operations) qui permettent aux banques commerciales de bénéficier de prêts de la part de la Banque Centrale Européenne (pour le cas de la BCE).

Ces opérations se distinguent des opérations d'open-market sur au moins trois volets principaux :

  • Il s'agit d'opérations "ciblées". Elles visent spécifiquement à augmenter le volume de prêts bancaires accordés par les banques commerciales aux ménages et entreprises ;
  • Ces opérations sont "conditionnelles". Les banques commerciales doivent s'engager à faire circuler la liquidité nouvellement acquise : le montant maximal proposé est plafonné par le niveau correspondant de prêts que la banque s'engage à octroyer aux ménages et entreprises avant l'opération. Plus la banque consent de prêts aux entreprises et ménages, plus la banque peut emprunter via des TLTRO ;
  • Les TLTRO sont des prêts à échéance de 4 ans, ce qui est bien plus long que les opérations d'open-market qui ont en général une échéance d'une semaine.

Les politiques monétaires non-conventionnelles de la BCE entre 2010 et 2022[16]

Pour illustrer encore un peu plus loin les outils non-conventionnels utilisés par les Banques centrale, nous prendrons l'exemple concret de la BCE et de sa politique monétaire des dernières années.

Le Securities Markets Program (SMP)

Le but de ce programme, mis en place en mai 2010, consistait à racheter des titres de dettes publiques directement sur le marché secondaire (c'est à dire auprès des banques commerciales qui les détenait, le plus souvent). C'est ainsi que la BCE a racheté des obligations souveraines de l'Espagne, de la Grèce, de l'Irlande, de l'Italie et du Portugal, pour un montant d'environ 220 milliards d'euros. Notons que pour ce rachat la BCE a stérilisé ses opérations en retirant le même montant de liquidités des comptes Banque centrale des établissements concernés. De fait, aucune création monétaire n'a été faite, et la base monétaire n'a donc pas bougé.

L'Outright Monetary Transaction (OMT)

Le programme SMP a cédé sa place en 2012 à l'OMT, mais qui n'a donné lieu, in fine, à aucun rachat.

L'Asset Purchase Program (APP), le programme de Quantitative Easing européen

Nous en avons abordé le concept plus haut, la BCE a aussi utilisé l'assouplissement quantitatif pour influer sur l'économie réelle. Cette politique se base sur plusieurs concepts, dits de canaux de transmission de la politique monétaire :

Le canal du crédit

La BCE fait gonfler la quantité de liquidités dont les banques commerciales disposent sur leur compte Banque centrale, en leur rachetant leurs obligations. De fait, elles encouragent les banques à prêter plus aisément sur le marché de l'économie réelle, comme on l'a vu plus haut en abordant le concept d'assouplissement quantitatif (le quantitative easing en anglais, ou QE pour les intimes).

Le canal du prix des actifs

Du fait de ces achats massifs, le prix des obligations augmente de facto (la demande augmente, donc l'offre s'adapte). Cela a aussi pour effet de réduire le rendement des obligations (elles sont plus chères, mais rapportent le même montant). Les nouvelles obligations sont alors moins intéressantes (leur taux d'intérêt diminue en effet, puisqu'elles rapportent un montant équivalent alors qu'elles coûtent plus cher à l'achat, nous venons de le dire). Cela a pour effet escompté d'encourager l'investissement et la consommation.

Le canal de la confiance

Puisque la politique de la BCE concernant ses achats est claire et connue, elle peut avoir tendance à rassurer les agents économiques et les aider à prévoir leurs investissements ou consommations futures.

Le canal du signal

De même, les investisseurs se voient offrir la même prévisibilité et cela les aide dans leurs anticipations.

Le canal du taux de change

Les effets sur l'international d'un tel programme sont plus difficiles à prévoir, mais l'on considère que de manière générale, ces effets sont positifs.

Les chiffres

En 2015, le programme d'assouplissement quantitatif de la BCE affichait un objectif de rachat d'obligations à hauteur de 1100 milliards d'euros. Ce programme, l'APP, a duré jusque fin 2018, et a finalement chiffré à hauteur d'environ 2600 milliards d'euros.

Le Pandemic Emergency Purchase Programme (PEPP)

Enfin, la Covid-19 a provoqué une nouvelle opération de QE, avec un montant en 2020 atteignant 1850 milliards. Fin 2022, qui a marqué la fin de l'utilisation de cet outil, l'enveloppe globale chiffrait à plus de 5000 milliards d'euros.

Mais la création monétaire dans tout ça ?

Notons que la masse monétaire (la monnaie de l'économie réelle, l'agrégat M1, M2, M3) n'a pas spécialement augmenté, malgré l'augmentation conséquente de la base monétaire (la monnaie Banque centrale, M0). On en parlera sûrement plus longuement dans d'autres pages, mais notons cela dans un coin pour référence future.

Quel résultat ?

Voici la courbe de l'inflation en France entre 2000 et 2025. Notons, par honnêteté intellectuelle, qu'il s'agit de l'inflation de la France uniquement, pas de l'ensemble de la zone couverte par la BCE. Nous préférons réserver une page dédiée à la critique de la politique monétaire de la BCE, et laissons simplement les wikinautes découvrir les données de l'INSEE[17] :

La courbe de l'inflation selon l'INSEE montre des variations chaque année dans sa valeur
Courbe de l'inflation en France - source : INSEE

Pour découvrir la courbe d'inflation selon Eurostat de l'ensemble de la zone euro, voire de l'UE, c'est ici

Les missions complémentaires éventuelles des Banques centrales

Assurer la stabilité financière

La Banque centrale a un également un rôle de surveillance des banques et des infrastructures de marché et emploie des politiques dites macroprudentielles[18]. De fait, en complément des missions précédentes, le but est de répondre aux questions : y a-t-il des vulnérabilités dans le système ? Le système actuel est-il capable de résister aux crises qui pourraient survenir, et quelle est sa résilience face aux changements possibles ?

Surveiller les systèmes de paiement[19]

Si l'on prend l'exemple de la Banque de France (la Banque centrale de France, elle-même adossée à la Banque centrale européenne), elle a aussi un rôle de surveillance des moyens de paiement. Les missions ici sont doubles : il s'agit d'une part de lutter contre la fraude, et d'autre part de renforcer les moyens de sécurité mis en place pour que les paiements s'effectuent dans un cadre de sécurité suffisant.

Les organismes français associés à cette mission, imbriquant le Ministère public comme la Banque de France sont : le Conseil National des Moyens de Paiement (CNMP, qui coordonne la stratégie nationale sur les moyens de paiement) et l'Observatoire de la Sécurité des Moyens de Paiement (OSMP, qui lutte contre la fraude et les vulnérabilités des moyens de paiement).

Tenir les comptes de l’État

Et oui, le Compte du Trésor est à la Banque de France. C'est suffisamment marquant pour être souligné, quand on pense qu'en parallèle, l'indépendance de la Banque centrale contraint et empêche l’État d'emprunter auprès de sa Banque centrale directement...

Rendre des services financiers à d'autres institutions financières

L'exemple le plus simple ici est d'évoquer les relations entre Banques centrales, qui pourraient fournir ou s'échanger des devises dans telle ou telle monnaie.

Protéger les ménages contre le surendettement[20][21]

C'est également le rôle de la Banque de France de proposer des solutions adaptées pour protéger les ménages qui seraient en situation de surendettement[22] (c'est à dire lorsque leurs dettes sont impossibles à rembourser via leurs ressources). Cette situation peut se produire lors d'une séparation, ou une perte d'emploi brusque par exemple, et est étudiée au cas par cas par une commission spécifique, et doit évidemment répondre à des critères de bonne foi. Une solution possible est le rééchelonnement des créances, ou dans les cas les plus critiques, à un effacement de la dette pour tout ou partie.

L'éducation financière[23]

L'économie n'est pas qu'une affaire de spécialiste, et l'un des rôles des Banques centrales (c'est en tout cas l'engagement de 70 pays dont ceux de l'OCDE) est de promouvoir l'éducation de tous sur les grands principes économiques. Elle a forcément un parti pris, mais fournit néanmoins des clés pour comprendre les mécanismes économiques en vigueur aujourd'hui.

Certaines références de cette page reposent justement sur des liens issus de cette sensibilisation. Différents formats de formation existent par ailleurs[24].

Indépendance des Banques centrales[25]

Nous n'avons pas évoqué l'indépendance des Banques centrales, qui mérite une page dédiée. C'est un concept important qui a fait débat, et qui continue de le faire aujourd'hui. On l'a survolé également sur la page de la création monétaire. Nous le remettons brièvement ici : depuis les années 1990, certaines économies modernes posent le principe que les banques centrales adoptent une politique monétaire indépendante de ce que souhaitent les gouvernements auxquels elles sont adossées. L'illustration principale de ce concept est que les États ne peuvent plus emprunter directement à leurs Banques centrales. Ce qui n'a clairement pas toujours été le cas, et est d'ailleurs remis en cause par nombre d'économistes[26]...

Nous mettons ici une citation tout de même :

Forder [2005] rappelle d’ailleurs, d’une part, que l’idée de banque centrale indépendante [...] ne faisait pas consensus parmi les économistes.

Pour aller plus loin

N'hésitez pas à consulter la page : L'indépendance des banques centrales questionnée
Nous vous l'avons conseillée : Création monétaire
Une autre page d'intérêt : Les banques

Sources

  1. ↑ Petite introduction des Banques centrales par la BdF : https://www.youtube.com/watch?v=XH9n7-Vsahk
  2. ↑ 2,0 et 2,1 La stabilité des prix et ses enjeux : https://www.ecb.europa.eu/ecb-and-you/explainers/tell-me-more/html/stableprices.fr.html
  3. ↑ L'inflation : https://fr.wikipedia.org/wiki/Inflation
  4. ↑ Cas d'hyperinflation historiques : https://fr.wikipedia.org/wiki/Hyperinflation#Les_cas_d'hyperinflation_dans_l'Histoire
  5. ↑ La Grande Dépression, une déflation made in USA : https://fr.wikipedia.org/wiki/Grande_D%C3%A9pression
  6. ↑ L'IPCH : https://www.ecb.europa.eu/stats/macroeconomic_and_sectoral/hicp/html/index.fr.html
  7. ↑ Les rôles de la Fed : https://www.meilleurescpi.com/conseils/federal-reserve-system-role-et-fonctionnement-de-la-fed/
  8. ↑ Les missions de la SEBC : https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/HTML/?uri=CELEX:12008E127
  9. ↑ La BCE et le changement climatique
  10. ↑ Loi de Say : https://fr.wikipedia.org/wiki/Loi_de_Say
  11. ↑ Le taux de réserves obligatoires (RRR) en Chine : https://fr.tradingeconomics.com/china/cash-reserve-ratio
  12. ↑ Des outils non-conventionnels : https://www.ecb.europa.eu/ecb-and-you/explainers/html/unconventional.fr.html
  13. ↑ L'assouplissement quantitatif : https://fr.wikipedia.org/wiki/Assouplissement_quantitatif
  14. ↑ La forward guidance de la BCE : https://www.ecb.europa.eu/ecb-and-you/explainers/tell-me/html/what-is-forward_guidance.fr.html
  15. ↑ L'assouplissement qualitatif : https://fr.wikipedia.org/wiki/Assouplissement_qualitatif
  16. ↑ Politiques non-conventionnelles de la BCE (2010-2022) : https://www.lafinancepourtous.com/decryptages/politiques-economiques/theories-economiques/creation-monetaire/le-rachat-de-titres-de-la-dette-publique-par-la-bce-peut-il-etre-assimile-a-de-la-creation-monetaire/
  17. ↑ INSEE - L'essentiel de l'inflation : https://www.insee.fr/fr/statistiques/4268033
  18. ↑ La stabilité financière, kesako ? : https://www.ecb.europa.eu/ecb/orga/tasks/stability/html/index.fr.html
  19. ↑ La mission de surveillance des systèmes de paiement de la BdF : https://www.banque-france.fr/fr/strategie-monetaire/surveillance-moyens-paiement-scripturaux-cadre-institutionnel
  20. ↑ Le surendettement et ce que propose la BdF : https://www.ardie.fr/surendettement-banque-france/
  21. ↑ Les piliers de la lutte contre le surendettement : https://www.tresor.economie.gouv.fr/banque-assurance-finance/prevention-et-traitement-du-surendettement
  22. ↑ Le surendettement en France en 2025 : https://www.banque-france.fr/fr/publications-et-statistiques/publications/typologie-du-surendettement-des-menages-2025
  23. ↑ L'éducation financière au sein de l'OCDE : https://www.banque-france.fr/fr/la-strategie-nationale-deducation-economique-budgetaire-et-financiere-educfi
  24. ↑ Référence livre : l'ABC de l'économie : https://www.dunod.com/entreprise-et-economie/abc-economie-guide-d-education-economique-monetaire-et-financiere
  25. ↑ L'indépendance des Banques centrales : https://fr.wikipedia.org/wiki/Ind%C3%A9pendance_des_banques_centrales
  26. ↑ La fragile notion d'indépendance des banques centrales : https://sciencespo.hal.science/hal-03403636/file/2018-3-rfe-les-banques-centrales-peuvent-elles-encore-etre-independantes-cblot.pdf.pdf