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De Notes Economiques et Politiques
 
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{{Note|L'idée de cette page est d'aborder brièvement le concept de création monétaire. Elle a pour but de présenter la création de monnaie, le rôle crucial des banques, ainsi que celui des banques centrales. Les wikinautes pourront ainsi mieux comprendre certains enjeux actuels, comme les débats sur les dettes des Etats (en particulier européens) ou l'indépendance des banques centrales. Elles n'ont d'autre prétention que de présenter ma vision et ma compréhension du sujet.}}
{{Note|L'idée de cette page est d'aborder brièvement le concept de création monétaire. Elle a pour but de présenter la création de monnaie, le rôle crucial des banques, ainsi que celui des banques centrales. Les wikinautes pourront ainsi avoir les bases pour mieux comprendre certains enjeux actuels, comme les débats sur les dettes des États (en particulier européens) ou l'indépendance des banques centrales. Elle n'a d'autre prétention que de présenter ma vision et ma compréhension du sujet.}}
== '''Page en cours de construction''' ==
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== La création monétaire ==
== La création monétaire ==
Pour aborder ce point, nous avons centré nos lectures sur les bases de la création monétaire<ref>La création monétaire : https://www.lafinancepourtous.com/decryptages/politiques-economiques/theories-economiques/creation-monetaire/</ref><ref>Comment marche la création monétaire : https://www.economie.gouv.fr/facileco/comment-marche-la-creation-monetaire</ref>. Et celle-ci passe forcément par la compréhension de l'octroi de crédits. Nous devons faire un petit aparté idéologique avant de pouvoir aller plus loin. Nous allons revenir très brièvement sur des notions historiques, et évoquer les 3 théories bancaires : la théorie des intermédiaires, la théorie des réserves fractionnaires et la théorie de création de monnaie ex-nihilo.
Pour aborder ce point, nous avons centré nos lectures sur les bases de la création monétaire<ref>La création monétaire : https://www.lafinancepourtous.com/decryptages/politiques-economiques/theories-economiques/creation-monetaire/</ref><ref>Comment marche la création monétaire : https://www.economie.gouv.fr/facileco/comment-marche-la-creation-monetaire</ref>. Et celle-ci passe forcément par la compréhension de l'octroi de crédits. Nous devons donc faire un petit aparté idéologique avant de pouvoir aborder le sujet de la création monétaire : nous allons revenir très brièvement sur des notions historiques, et évoquer les 3 théories bancaires : la théorie des intermédiaires, la théorie des réserves fractionnaires et la théorie de création de monnaie ex-nihilo.


=== La monnaie, ce grand mot ===
=== La monnaie, ce grand mot ===
Cette page n'a pas la prétention de définir de manière complète, exhaustive et absolument exacte sans approximations (ni erreurs possibles, n'étant pas moi-même économiste). Une fois ceci posé, nous pouvons évoquer la monnaie comme un objet complexe : c'est un support qui représente tout à la fois une ''unité de compte'', une ''réserve de valeur'' et un ''moyen d'échange''. Elle a donc une dimension sociale, politique, juridique et dépasse donc toute définition définitive en une seule ligne<ref>La monnaie : https://fr.wikipedia.org/wiki/Monnaie</ref>. Mais surtout, et c'est le point que je voulais souligner ici, il est unanimement admis qu'il '''ne repose pas sur une quelconque valeur matériel d'élément précieux, comme l'or par exemple'''. J'ai grandi en ayant cette idée en tête, il me parait donc important de poser ce postulat.
Cette page n'a pas la prétention de définir la monnaie de manière complète, exhaustive et absolument exacte sans approximations (ni erreurs possibles, n'étant pas moi-même économiste). Une fois ceci posé, nous pouvons évoquer la monnaie comme un objet complexe : c'est un support qui représente tout à la fois une ''unité de compte'', une ''réserve de valeur'' et un ''moyen d'échange''. Elle a donc une dimension sociale, politique, juridique et dépasse donc toute définition définitive en une seule ligne<ref>La monnaie : https://fr.wikipedia.org/wiki/Monnaie</ref>. Mais surtout, et c'est le point que je voulais souligner ici, il est unanimement admis qu'il '''ne repose pas sur une quelconque valeur matériel d'élément précieux, comme l'or par exemple'''. Non, la monnaie ne correspond pas à une quantité d'or que la banque a dans ses coffres. J'ai grandi en ayant cette idée en tête, il me parait donc important de poser ce postulat.


=== Les 3 théories bancaires ===
=== Les 3 théories bancaires ===
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==== La théorie des réserves fractionnaires ====
==== La théorie des réserves fractionnaires ====
Une théorie plus fournie apporte plus de profondeur au raisonnement, on parle de la théorie des "''réserves fractionnaires''". Les banques doivent en effet avoir, en fonds propres, une petite part de monnaie conditionnant la quantité de crédits qu'elles sont susceptibles d'octroyer. Si l'on arrête le raisonnement ici, les banques sont, encore une fois, considérées comme de simples acteurs et ne jouent pas, encore, un rôle central dans l'économie d'aujourd'hui.  
Une théorie plus fournie apporte plus de profondeur au raisonnement, où l'on parle de la théorie des "''réserves fractionnaires''". Les banques doivent en effet avoir, en fonds propres, une petite part de monnaie conditionnant la quantité de crédits qu'elles sont susceptibles d'octroyer. Si l'on arrête le raisonnement ici, les banques sont, encore une fois, considérées comme de simples acteurs et ne jouent pas, encore, un rôle central dans l'économie d'aujourd'hui.


==== La théorie de la création de monnaie ex-nihilo ====
==== La théorie de la création de monnaie ex-nihilo ====
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=== La création de monnaie (ex-nihilo) ===
=== La création de monnaie (ex-nihilo) ===
Une fois cet aparté réalisé, nous pouvons rentrer dans le vif du sujet. Prenons donc un exemple : lorsqu'un agent économique (un ménage ou une entreprise) souhaite acheter un bien ou un service, et qu'il n'a pas assez de fonds pour se faire, il se tourne alors, en général, vers une banque. Celle-ci lui accordera (dans notre exemple) un crédit :
Une fois cet aparté réalisé, nous pouvons rentrer dans le vif du sujet. Prenons donc un exemple concret : lorsqu'un agent économique (un ménage ou une entreprise) souhaite acheter un bien ou un service, et qu'il n'a pas assez de fonds pour se faire, il se tourne alors, en général, vers une banque. Celle-ci lui accordera potentiellement un crédit :
* Celui-ci peut provenir de fonds qu'elle a déjà, du fait des dépôts existants qu'elle a déjà dans ses coffres. Il n'y a alors pas de création de monnaie à proprement parler, simplement la conversion d'un type de monnaie en un autre ;
* Celui-ci peut provenir de fonds qu'elle a déjà, du fait des dépôts existants qu'elle a déjà dans ses coffres. Il n'y a alors pas de création de monnaie à proprement parler, simplement la conversion d'un type de monnaie en un autre ;
* En revanche, si la banque n'utilise pas de fonds qu'elle a déjà en propre, elle écrit simplement sur le compte de l'agent économique la somme empruntée. C'est donc une simple jeu d'écriture comptable (c'est d'ailleurs parce qu'il s'agit d'écritures, numériques certes, qu'on parle de ''monnaie scripturale''). Oui, ça parait magique, et ça l'est un peu quand on lit ça pour la première fois.
* En revanche, si la banque n'utilise pas de fonds qu'elle a déjà en propre, elle écrit simplement sur le compte de l'agent économique la somme empruntée. C'est donc un simple jeu d'écriture comptable (c'est d'ailleurs parce qu'il s'agit d'écritures, numériques certes, qu'on parle de ''monnaie scripturale''). Et voilà, de la monnaie a été créée. Oui, ça parait magique, et ça l'est un peu quand on lit ça pour la première fois.


== Les limites de la création monétaire ==
== Les limites de la création monétaire ==
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=== Minimisation des risques ===
=== Minimisation des risques ===
Avant tout, cela parait évident, mais la banque doit tenir sa comptabilité, et doit donc, littéralement, rendre des comptes, elle aussi. Elle devra donc emprunter elle-même si les agents auxquels elle a prêté lui font défaut. Par conséquent, les banques prêteront pour les projets '''minimisant les risques de non-remboursement''' et aura en tête la '''balance risques/bénéfices''' lors de l'octroi de prêts.
Avant tout, cela parait évident, la banque doit tenir sa comptabilité, et doit donc, littéralement, rendre des comptes, elle aussi. Elle devra donc emprunter elle-même si les agents auxquels elle a prêté lui font défaut. Par conséquent, les banques prêteront pour les projets '''minimisant les risques de non-remboursement''' et aura en tête la '''balance risques/bénéfices''' lors de l'octroi de prêts.


=== Règlementation prudentielle ===
=== Règlementation prudentielle ===
Il est évident que l'argument précédent n'est pas suffisant. Il y a d'autres contraintes à ce que peut faire une banque. En l'occurrence, il existe également des '''ratios financiers''' limitant formellement les crédits. Ces ratios sont imposés soit par la loi, soit par les autorités de contrôles financiers comme l'ACPR<ref>L'ACPR : https://fr.wikipedia.org/wiki/Autorit%C3%A9_de_contr%C3%B4le_prudentiel_et_de_r%C3%A9solution</ref> en France (Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution rattachée à la Banque de France<ref>Site officiel de présentation de l'ACPR : https://acpr.banque-france.fr/fr/lacpr</ref>)). Ainsi, depuis Bâle 3 (2019), les banques doivent avoir 10.5% de leurs crédits au minimum, en fonds propres (ainsi, à titre d'exemple mais à une échelle très différente évidemment, elles peuvent prêter au maximum 952.38€ si elles ont 100€ en fonds propres). Les banques sont par ailleurs tenues d'avoir des procédures de contrôle interne pour respecter cette règlementation et sont susceptibles d'être auditées sur le sujet.
Il est évident que l'argument précédent n'est pas suffisant. Il y a d'autres contraintes à ce que peut faire une banque. En l'occurrence, il existe également des '''ratios financiers''' limitant formellement les crédits. Ces ratios sont imposés, soit par la loi, soit par les autorités de contrôles financiers comme l'ACPR<ref>L'ACPR : https://fr.wikipedia.org/wiki/Autorit%C3%A9_de_contr%C3%B4le_prudentiel_et_de_r%C3%A9solution</ref> en France (Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution rattachée à la Banque de France<ref>Site officiel de présentation de l'ACPR : https://acpr.banque-france.fr/fr/lacpr</ref>)). Ainsi, depuis les accords de Bâle 3 (et notamment dans leur dernière version de 2019), les banques doivent avoir 10.5% de leurs crédits au minimum, en fonds propres (ainsi, à titre d'exemple mais à une échelle très différente évidemment, elles peuvent prêter au maximum 952.38€ si elles ont 100€ en fonds propres, car 100€ représentent 10.5% de 952.38€). Les banques sont par ailleurs tenues d'avoir des procédures de contrôle interne pour respecter cette règlementation et sont susceptibles d'être auditées sur le sujet.
 
Une petite page de ce wiki revient plus longuement sur les accords de Bâle III : [[Acteurs_économiques_:_les_banques | Les Banques, ces acteurs économiques]]


=== Politique monétaire banque centrale ===
=== Politique monétaire Banque centrale ===
Mais surtout, les banques évoluent dans un contexte où existent des '''banques centrales'''. Celles-ci ont plusieurs leviers à leur disposition pour influencer la politique des banques, et donc la '''masse monétaire (c'est à dire la quantité de monnaie en circulation)'''.
Mais surtout, les banques évoluent dans un contexte où existent des '''banques centrales'''. Celles-ci ont plusieurs leviers à leur disposition pour influencer la politique des banques, et donc la '''masse monétaire (c'est à dire la quantité de monnaie en circulation)'''. Voyons cela de plus près.


==== Les taux de réserves obligatoires ====
==== Les taux de réserves obligatoires ====
Chaque banque '''doit avoir un compte auprès de sa banque centrale'''. Et sur ce compte, doit être stocké a minima un pourcentage de réserve, pourcentage dicté par la Banque Centrale. Par exemple, la BCE impose un taux de 1%<ref>le taux des réserves obligatoires actuellement (site de la Banque de France) : https://www.banque-france.fr/fr/strategie-monetaire/cadre-operationnel/reserves-obligatoires-facilites-permanentes</ref> depuis 2012 (et n'a pas changé depuis (ces lignes sont écrites en 2026), c'est dire si ce levier est aujourd'hui considéré comme désuet).
Chaque banque '''doit avoir un compte auprès de sa Banque centrale'''. C'est obligatoire. Et sur ce compte, doit être stocké a minima un pourcentage de réserve, pourcentage dicté par la Banque centrale. Par exemple, la BCE impose un taux de 1%<ref>le taux des réserves obligatoires actuellement (site de la Banque de France) : https://www.banque-france.fr/fr/strategie-monetaire/cadre-operationnel/reserves-obligatoires-facilites-permanentes</ref> depuis 2012 (et n'a pas changé depuis (ces lignes sont écrites en 2026), c'est dire si ce levier est aujourd'hui considéré comme désuet).
Ces comptes stockent de la monnaie dite '''monnaie banque centrale''' et qui n'atteint jamais la monnaie réelle des acteurs économiques. On parle du '''marché interbancaire''' ou les banques se prêtent ou se remboursent mutuellement, sous supervision et contrôle de la banque centrale associée.
Ces comptes stockent de la monnaie dite '''monnaie Banque centrale''' et qui n'atteint jamais la monnaie réelle des acteurs économiques. On parle du '''marché interbancaire''' les banques se prêtent ou se remboursent mutuellement, sous supervision et contrôle de la Banque centrale associée.


==== Les facilités permanentes<ref>Les taux directeurs, une explication de la BdF : https://www.banque-france.fr/fr/publications-et-statistiques/publications/les-taux-directeurs</ref> ====  
==== Les facilités permanentes<ref name="tdbdf">Les taux directeurs, une explication de la BdF : https://www.banque-france.fr/fr/publications-et-statistiques/publications/les-taux-directeurs</ref> ====  
La Banque Centrale peut proposer des prêts au taux appelé le '''taux de prêt marginal''' ou '''taux de facilité de prêt marginal'''. Ces prêts :
La Banque centrale peut proposer des prêts au taux appelé '''taux de prêt marginal''' ou '''taux de facilité de prêt marginal''' ou encore '''taux d'escompte'''<ref name="tdbdf">Les taux directeurs, une explication de la BdF : https://www.banque-france.fr/fr/publications-et-statistiques/publications/les-taux-directeurs</ref>. Ces prêts :
* Ont un taux fixé par la banque centrale ;
* Nécessitent que les banques fournissent des garanties (en général des titres de créances qu'elle détient, ce que l'on appelle le "''collatéral''") ;
* Ont un taux fixé par la Banque centrale ;
* Très souvent du jour pour le lendemain ;
* Très souvent du jour pour le lendemain ;
* Très souvent à échéance de 24 heures.
* Très souvent à échéance de 24 heures.
Celui-ci représente un taux plafond : toute banque proposant un taux de prêt plus élevé se verra forcément préférer la banque centrale sur le marché interbancaire, puisque cela lui coutera moins cher.
Celui-ci représente un taux plafond : toute banque proposant un taux de prêt plus élevé se verra forcément préférer la Banque centrale sur le marché interbancaire, puisque cela lui coutera moins cher. C'est un prêt dont le taux à une valeur désincitative, pour éviter que les banques commerciales "naviguent à vue"; il s'agit de prêts "''en urgence''".


De même, notons que la banque peut proposer aussi de financer au '''taux de rémunération des dépôts''' ou '''taux de facilité de dépôt''' les réserves supplémentaires par la banque centrale. A l'inverse donc, ce taux représente un taux plancher : toute banque proposant un taux plus bas se verra, là encore, préférer la banque centrale puisqu'elle propose une meilleure rémunération du dépôt. Notons que ce taux peut être négatif (ce qui encourage la circulation de la monnaie et non son dépôt, par exemple). Là aussi :
De même, notons que la Banque centrale peut proposer aussi de financer au '''taux de rémunération des dépôts''' ou '''taux de facilité de dépôt'''<ref name="tdbdf">Les taux directeurs, une explication de la BdF : https://www.banque-france.fr/fr/publications-et-statistiques/publications/les-taux-directeurs</ref> les réserves supplémentaires dont dispose la banque. A l'inverse donc, ce taux représente un taux plancher : toute banque proposant un taux plus bas se verra, là encore, préférer la Banque centrale puisqu'elle propose une meilleure rémunération du dépôt. Notons que ce taux peut être négatif (ce qui encourage la circulation de la monnaie et non son dépôt, par exemple). Là aussi :
* Le taux est fixé par la banque centrale ;
* Le taux est fixé par la Banque centrale ;
* Très souvent fixé du jour pour le lendemain ;
* Très souvent fixé du jour pour le lendemain ;
* Très souvent à échéance de 24 heures.
* Très souvent à échéance de 24 heures.


Ces mécanismes sont appelés des '''facilités permanentes'''. Elles n'ont, en théorie, pas de limites d'emprunt, et fixent simplement les taux directeurs journaliers des facilités et représentent ce que l'on appelle un '''corridor des taux d'intérêt'''. Ceux-ci fluctuent autour des taux des opérations principales de refinancement dont nous allons tout de suite parler.
Ces mécanismes sont appelés des '''facilités permanentes'''. Elles n'ont, en théorie, pas de limites d'emprunt, et fixent simplement les taux directeurs journaliers des facilités et représentent ce que l'on appelle un '''corridor des taux d'intérêt'''. Ceux-ci fluctuent autour des taux des opérations principales de refinancement dont nous allons tout de suite parler.
[[Fichier:Corridor des taux d'intérêts de la BCE.png|cadre|centré|alt=Exemple du corridor des taux d'intérêts de la BCE sur la première moitié des années 2020|Corridor des taux d'intérêts de la BCE sur la première moitié des années 2020]]


==== Les interventions directes sur le marché interbancaire (les opérations d'open market) ====
==== Les interventions directes sur le marché interbancaire (les opérations d'open market) ====
Mais surtout, et c'est la principale politique utilisée par les Banques centrales modernes aujourd'hui, la Banque centrale peut avoir un rôle plus direct en intervenant directement sur le marché interbancaire. La Banque centrale propose des liquidités (souvent pour une durée d'une semaine) en échange de titres financiers qui font office de garantie (nous l'avons dit plus tôt, on appelle cela le "collatéral"). On appelle cette opération une ''prise en pension''.
Cette démarche permet à la Banque centrale d'influer plus directement sur la quantité de monnaie Banque centrale et sur les taux monétaires. On parle de '''taux des opérations principales de refinancement''' ou '''taux de refinancement''' ou '''taux refi'''. C'est ce mécanisme qui est enclenché quand on dit qu'une banque se ''refinance auprès de la Banque centrale''.
==== Contrôle ====
Si nous revenons à notre propos principal, qui relève des limites à la création monétaire, il est important d'apporter un complément qui relève du contrôle des activités bancaires.
D'abord, lorsqu'une banque A prête de l'argent à un agent économique 1, il y a de fortes chances que cet argent atterrisse sur le compte d'un agent économique 2 (payé par 1), compte lui-même dans la banque B (en effet, il est plus courant que les comptes des agents A et B soient dans des banques différentes). La banque B se tournera alors vers la banque A, et lui demandera un actif de même valeur. La banque A puisera donc dans ses réserves à disposition sur ses comptes auprès de la Banque centrale pour les transmettre sur le compte de la banque B auprès de la Banque centrale (rappelons encore une fois qu'il s'agit d'une monnaie Banque centrale, dite M0, qui ne circule que sur le monde interbancaire, pas dans l'économie réelle).
Cela permet d'assurer le contrôle de ce que les banques réalisent comme crédit, contrôle complété par les mécanismes internes qui doivent être mis en place et dont on a évoqué une partie dans le chapitre sur la règlementation prudentielle un peu plus haut.
==== Résumons ====
Nous savons donc que les banques ont pour obligation d'avoir des comptes auprès de la banque centrale, qui leur permettent d'emprunter ou de prêter entre elles et avec la banque centrale. Cela constitue le marché interbancaire, et sous-tend la politique de crédits auprès des agents économiques, et est fortement influencé par la politique monétaire de la banque centrale, et dans une moindre mesure par les différentes contraintes règlementaires et juridiques.
En théorie, si la Banque centrale '''augmente son taux directeur''', les taux d'intérêts des banques vont de facto augmenter, et ralentir la consommation des ménages et entreprises, qui emprunteront moins. Cela peut être une politique destinée à réduire une '''inflation jugée trop forte'''.
Si en revanche, et toujours en théorie, la Banque centrale juge l''''inflation trop basse''', elle diminuera son taux directeur. Par conséquent, les taux d'intérêt des banques commerciales baissent, les crédits coutent moins cher, l'activité s'accélère, et avec elle, potentiellement, l'inflation<ref>Les taux directeurs BCE comme instrument de maîtrise de l'inflation : https://www.banque-france.fr/fr/publications-et-statistiques/publications/les-taux-directeurs</ref>.
== Le rôle "''central''" de ... la Banque centrale ==
Nous n'aborderons pas plus longuement le rôle précis de la Banque centrale ou de son indépendance, ni des politiques monétaires non-conventionnelles<ref>D'autres politiques monétaires de la BCE : https://www.lafinancepourtous.com/decryptages/politiques-economiques/theories-economiques/creation-monetaire/le-rachat-de-titres-de-la-dette-publique-par-la-bce-peut-il-etre-assimile-a-de-la-creation-monetaire/</ref> comme les programmes européens SMP puis OMT, ou l'assouplissement quantitatif<ref>L'assouplissement quantitatif (quantitative easing) : https://fr.wikipedia.org/wiki/Assouplissement_quantitatif</ref>, qui méritent une page dédiée, et qui ne traitent pas directement du sujet ici de la création monétaire théorique. Cependant, ça y est, nous avons les bases qui nous permettent maintenant de nous pencher sur une question : '''Est-ce que les Banques centrales créent de la monnaie ? (''réponse: plutôt non'')'''<ref>La Banque Centrale crée-t-elle de la monnaie ? (Non) : https://www.lafinancepourtous.com/decryptages/politiques-economiques/theories-economiques/creation-monetaire/les-banques-centrales-creent-elles-de-la-monnaie/</ref>.
=== La planche à billets ===
Lorsqu'une banque (commerciale) désire des pièces et billets (de l'argent au sens fiduciaire et littéral du terme), elle se rapproche de sa Banque centrale qui transformera l'argent qu'elle a sur son compte Banque centrale en liquidités que la banque pourra alors distribuer à ses clients. Il s'agit donc d'une conversion de monnaie Banque centrale en monnaie fiduciaire, pas d'une création monétaire en tant que telle.
Ceci dit, lorsqu'un État a besoin de liquidités et réduire son déficit ou financer ses grands projets, il pourrait en théorie se rapprocher de sa Banque centrale afin qu'elle lui fasse une avance et cela aurait pour effet de gonfler la masse monétaire puisque la Banque centrale octroie une avance au Trésor public. On dit que la Banque centrale ''fait fonctionner la planche à billets''. Si cette avance n'est pas remboursée, alors :
* La masse monétaire a effectivement augmenté ;
* L’État pourrait être enclin à réitérer ce genre de comportement de laxisme budgétaire par financement systématique du déficit public par la Banque centrale, ce qui pourrait alors à son tour provoquer des dérives inflationnistes (surchauffe de l'activité et dépréciation de la monnaie).
Cette pratique est interdite dans la plupart des économies développées. On parle de l''''indépendance des Banques centrales'''. Ce principe est défendu au cours du XX<sup>ème</sup> siècle, mais surtout depuis les années 1970, et en vigueur depuis les années 1990<ref>L'indépendance des banques centrales : https://fr.wikipedia.org/wiki/Ind%C3%A9pendance_des_banques_centrales</ref><ref>Historique de l'indépendance des banques centrales (fichier PDF) : https://www.banque-france.fr/system/files/2026-06/EEC_S1E16_FR.pdf</ref>.
Il est particulièrement remis en cause suite à la crise des subprimes de 2008, et est au centre de l'attention durant les années 2020 en France (crise CoVid, dette publique de l’État et son remboursement auprès de la BCE, ...)<ref>L'indépendance des Banques centrales est-elle une bonne décision ? : https://creg.ac-versailles.fr/l-independance-des-banques-centrales-renforce-t-elle-l-efficacite-des</ref>.
Donc, la planche à billets, c'est de la création de monnaie, mais c'est interdit en pratique du fait de l'indépendance des Banques centrales.
=== Le marché interbancaire ===
On l'a dit également, les paiements interbancaires s'effectuent sur le marché interbancaire. La monnaie Banque centrale ne circule pas dans l'économie, et ne gonfle donc pas la masse monétaire directement. Là encore, pas de création de monnaie proprement dite.


== Le rôle "''central''" de ... La Banque Centrale ==
=== In fine, les banques ===
Finalement, nous y revenons, les vraies créatrices de monnaie, '''ce sont les banques commerciales elles-mêmes'''. Ce sont elles qui octroient les crédits, et influent directement sur la création de monnaie dans l'économie. Les banques centrales jouent certes un rôle important dans cette création, mais indirect finalement.


== Suite ==
== Pour aller plus loin ==
''Pour compléter la lecture sur ce wiki :'' [[Acteurs_économiques_:_les_banques|Acteurs économiques : Les Banques]]
''Pour compléter la lecture (au-delà des références en bas de page que nous invitons les wikinautes à consulter), sur ce wiki :''  
[[Acteurs_économiques_:_les_banques|Acteurs économiques : Les Banques]]


== Sources ==
== Sources ==

Dernière version du 17 septembre 2026 à 09:53


L'idée de cette page est d'aborder brièvement le concept de création monétaire. Elle a pour but de présenter la création de monnaie, le rôle crucial des banques, ainsi que celui des banques centrales. Les wikinautes pourront ainsi avoir les bases pour mieux comprendre certains enjeux actuels, comme les débats sur les dettes des États (en particulier européens) ou l'indépendance des banques centrales. Elle n'a d'autre prétention que de présenter ma vision et ma compréhension du sujet.

La création monétaire

Pour aborder ce point, nous avons centré nos lectures sur les bases de la création monétaire[1][2]. Et celle-ci passe forcément par la compréhension de l'octroi de crédits. Nous devons donc faire un petit aparté idéologique avant de pouvoir aborder le sujet de la création monétaire : nous allons revenir très brièvement sur des notions historiques, et évoquer les 3 théories bancaires : la théorie des intermédiaires, la théorie des réserves fractionnaires et la théorie de création de monnaie ex-nihilo.

La monnaie, ce grand mot

Cette page n'a pas la prétention de définir la monnaie de manière complète, exhaustive et absolument exacte sans approximations (ni erreurs possibles, n'étant pas moi-même économiste). Une fois ceci posé, nous pouvons évoquer la monnaie comme un objet complexe : c'est un support qui représente tout à la fois une unité de compte, une réserve de valeur et un moyen d'échange. Elle a donc une dimension sociale, politique, juridique et dépasse donc toute définition définitive en une seule ligne[3]. Mais surtout, et c'est le point que je voulais souligner ici, il est unanimement admis qu'il ne repose pas sur une quelconque valeur matériel d'élément précieux, comme l'or par exemple. Non, la monnaie ne correspond pas à une quantité d'or que la banque a dans ses coffres. J'ai grandi en ayant cette idée en tête, il me parait donc important de poser ce postulat.

Les 3 théories bancaires

La théorie des intermédiaires

Selon une première théorie historique, les banques seraient de simples acteurs de l'économie, au même titre que les ménages, l’État ou les entreprises. On parle de la "théorie des intermédiaires", où les banques octroient des crédits aux agents qui le leur demandent, selon un certain nombre de conditions. Et c'est à peu près tout.

La théorie des réserves fractionnaires

Une théorie plus fournie apporte plus de profondeur au raisonnement, où l'on parle de la théorie des "réserves fractionnaires". Les banques doivent en effet avoir, en fonds propres, une petite part de monnaie conditionnant la quantité de crédits qu'elles sont susceptibles d'octroyer. Si l'on arrête le raisonnement ici, les banques sont, encore une fois, considérées comme de simples acteurs et ne jouent pas, encore, un rôle central dans l'économie d'aujourd'hui.

La théorie de la création de monnaie ex-nihilo

Enfin, la théorie la plus communément admise aujourd'hui est la théorie de la "création de monnaie ex-nihilo (à partir de rien)". Lorsqu'un agent économique souhaite avoir de l'argent, il demande un crédit auprès d'une banque, et celle-ci, si elle l'octroie, écrit simplement la quantité nécessaire sur son compte ... Et voilà, l'argent est alors disponible. Et la monnaie sera détruite au fur et à mesure que le crédit en question est remboursé. Dans cette théorie, on est donc sur un jeu d'écriture comptable, sur de la monnaie scripturale... Et bien loin du concept historique (et peut-être faux) que j'avais en tête avant de commencer mes lectures.

La création de monnaie (ex-nihilo)

Une fois cet aparté réalisé, nous pouvons rentrer dans le vif du sujet. Prenons donc un exemple concret : lorsqu'un agent économique (un ménage ou une entreprise) souhaite acheter un bien ou un service, et qu'il n'a pas assez de fonds pour se faire, il se tourne alors, en général, vers une banque. Celle-ci lui accordera potentiellement un crédit :

  • Celui-ci peut provenir de fonds qu'elle a déjà, du fait des dépôts existants qu'elle a déjà dans ses coffres. Il n'y a alors pas de création de monnaie à proprement parler, simplement la conversion d'un type de monnaie en un autre ;
  • En revanche, si la banque n'utilise pas de fonds qu'elle a déjà en propre, elle écrit simplement sur le compte de l'agent économique la somme empruntée. C'est donc un simple jeu d'écriture comptable (c'est d'ailleurs parce qu'il s'agit d'écritures, numériques certes, qu'on parle de monnaie scripturale). Et voilà, de la monnaie a été créée. Oui, ça parait magique, et ça l'est un peu quand on lit ça pour la première fois.

Les limites de la création monétaire

Mais alors, qu'est-ce qui empêche les banques prêter à tout va ? N'y a t il aucune limite à ce qu'elles peuvent faire ? La réponse est bien sûr nuancée.

Minimisation des risques

Avant tout, cela parait évident, la banque doit tenir sa comptabilité, et doit donc, littéralement, rendre des comptes, elle aussi. Elle devra donc emprunter elle-même si les agents auxquels elle a prêté lui font défaut. Par conséquent, les banques prêteront pour les projets minimisant les risques de non-remboursement et aura en tête la balance risques/bénéfices lors de l'octroi de prêts.

Règlementation prudentielle

Il est évident que l'argument précédent n'est pas suffisant. Il y a d'autres contraintes à ce que peut faire une banque. En l'occurrence, il existe également des ratios financiers limitant formellement les crédits. Ces ratios sont imposés, soit par la loi, soit par les autorités de contrôles financiers comme l'ACPR[4] en France (Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution rattachée à la Banque de France[5])). Ainsi, depuis les accords de Bâle 3 (et notamment dans leur dernière version de 2019), les banques doivent avoir 10.5% de leurs crédits au minimum, en fonds propres (ainsi, à titre d'exemple mais à une échelle très différente évidemment, elles peuvent prêter au maximum 952.38€ si elles ont 100€ en fonds propres, car 100€ représentent 10.5% de 952.38€). Les banques sont par ailleurs tenues d'avoir des procédures de contrôle interne pour respecter cette règlementation et sont susceptibles d'être auditées sur le sujet.

Une petite page de ce wiki revient plus longuement sur les accords de Bâle III : Les Banques, ces acteurs économiques

Politique monétaire Banque centrale

Mais surtout, les banques évoluent dans un contexte où existent des banques centrales. Celles-ci ont plusieurs leviers à leur disposition pour influencer la politique des banques, et donc la masse monétaire (c'est à dire la quantité de monnaie en circulation). Voyons cela de plus près.

Les taux de réserves obligatoires

Chaque banque doit avoir un compte auprès de sa Banque centrale. C'est obligatoire. Et sur ce compte, doit être stocké a minima un pourcentage de réserve, pourcentage dicté par la Banque centrale. Par exemple, la BCE impose un taux de 1%[6] depuis 2012 (et n'a pas changé depuis (ces lignes sont écrites en 2026), c'est dire si ce levier est aujourd'hui considéré comme désuet). Ces comptes stockent de la monnaie dite monnaie Banque centrale et qui n'atteint jamais la monnaie réelle des acteurs économiques. On parle du marché interbancaire où les banques se prêtent ou se remboursent mutuellement, sous supervision et contrôle de la Banque centrale associée.

Les facilités permanentes[7]

La Banque centrale peut proposer des prêts au taux appelé taux de prêt marginal ou taux de facilité de prêt marginal ou encore taux d'escompte[7]. Ces prêts :

  • Nécessitent que les banques fournissent des garanties (en général des titres de créances qu'elle détient, ce que l'on appelle le "collatéral") ;
  • Ont un taux fixé par la Banque centrale ;
  • Très souvent du jour pour le lendemain ;
  • Très souvent à échéance de 24 heures.

Celui-ci représente un taux plafond : toute banque proposant un taux de prêt plus élevé se verra forcément préférer la Banque centrale sur le marché interbancaire, puisque cela lui coutera moins cher. C'est un prêt dont le taux à une valeur désincitative, pour éviter que les banques commerciales "naviguent à vue"; il s'agit de prêts "en urgence".

De même, notons que la Banque centrale peut proposer aussi de financer au taux de rémunération des dépôts ou taux de facilité de dépôt[7] les réserves supplémentaires dont dispose la banque. A l'inverse donc, ce taux représente un taux plancher : toute banque proposant un taux plus bas se verra, là encore, préférer la Banque centrale puisqu'elle propose une meilleure rémunération du dépôt. Notons que ce taux peut être négatif (ce qui encourage la circulation de la monnaie et non son dépôt, par exemple). Là aussi :

  • Le taux est fixé par la Banque centrale ;
  • Très souvent fixé du jour pour le lendemain ;
  • Très souvent à échéance de 24 heures.

Ces mécanismes sont appelés des facilités permanentes. Elles n'ont, en théorie, pas de limites d'emprunt, et fixent simplement les taux directeurs journaliers des facilités et représentent ce que l'on appelle un corridor des taux d'intérêt. Ceux-ci fluctuent autour des taux des opérations principales de refinancement dont nous allons tout de suite parler.

Exemple du corridor des taux d'intérêts de la BCE sur la première moitié des années 2020
Corridor des taux d'intérêts de la BCE sur la première moitié des années 2020

Les interventions directes sur le marché interbancaire (les opérations d'open market)

Mais surtout, et c'est la principale politique utilisée par les Banques centrales modernes aujourd'hui, la Banque centrale peut avoir un rôle plus direct en intervenant directement sur le marché interbancaire. La Banque centrale propose des liquidités (souvent pour une durée d'une semaine) en échange de titres financiers qui font office de garantie (nous l'avons dit plus tôt, on appelle cela le "collatéral"). On appelle cette opération une prise en pension.

Cette démarche permet à la Banque centrale d'influer plus directement sur la quantité de monnaie Banque centrale et sur les taux monétaires. On parle de taux des opérations principales de refinancement ou taux de refinancement ou taux refi. C'est ce mécanisme qui est enclenché quand on dit qu'une banque se refinance auprès de la Banque centrale.

Contrôle

Si nous revenons à notre propos principal, qui relève des limites à la création monétaire, il est important d'apporter un complément qui relève du contrôle des activités bancaires.

D'abord, lorsqu'une banque A prête de l'argent à un agent économique 1, il y a de fortes chances que cet argent atterrisse sur le compte d'un agent économique 2 (payé par 1), compte lui-même dans la banque B (en effet, il est plus courant que les comptes des agents A et B soient dans des banques différentes). La banque B se tournera alors vers la banque A, et lui demandera un actif de même valeur. La banque A puisera donc dans ses réserves à disposition sur ses comptes auprès de la Banque centrale pour les transmettre sur le compte de la banque B auprès de la Banque centrale (rappelons encore une fois qu'il s'agit d'une monnaie Banque centrale, dite M0, qui ne circule que sur le monde interbancaire, pas dans l'économie réelle).

Cela permet d'assurer le contrôle de ce que les banques réalisent comme crédit, contrôle complété par les mécanismes internes qui doivent être mis en place et dont on a évoqué une partie dans le chapitre sur la règlementation prudentielle un peu plus haut.

Résumons

Nous savons donc que les banques ont pour obligation d'avoir des comptes auprès de la banque centrale, qui leur permettent d'emprunter ou de prêter entre elles et avec la banque centrale. Cela constitue le marché interbancaire, et sous-tend la politique de crédits auprès des agents économiques, et est fortement influencé par la politique monétaire de la banque centrale, et dans une moindre mesure par les différentes contraintes règlementaires et juridiques.

En théorie, si la Banque centrale augmente son taux directeur, les taux d'intérêts des banques vont de facto augmenter, et ralentir la consommation des ménages et entreprises, qui emprunteront moins. Cela peut être une politique destinée à réduire une inflation jugée trop forte.

Si en revanche, et toujours en théorie, la Banque centrale juge l'inflation trop basse, elle diminuera son taux directeur. Par conséquent, les taux d'intérêt des banques commerciales baissent, les crédits coutent moins cher, l'activité s'accélère, et avec elle, potentiellement, l'inflation[8].

Le rôle "central" de ... la Banque centrale

Nous n'aborderons pas plus longuement le rôle précis de la Banque centrale ou de son indépendance, ni des politiques monétaires non-conventionnelles[9] comme les programmes européens SMP puis OMT, ou l'assouplissement quantitatif[10], qui méritent une page dédiée, et qui ne traitent pas directement du sujet ici de la création monétaire théorique. Cependant, ça y est, nous avons les bases qui nous permettent maintenant de nous pencher sur une question : Est-ce que les Banques centrales créent de la monnaie ? (réponse: plutôt non)[11].

La planche à billets

Lorsqu'une banque (commerciale) désire des pièces et billets (de l'argent au sens fiduciaire et littéral du terme), elle se rapproche de sa Banque centrale qui transformera l'argent qu'elle a sur son compte Banque centrale en liquidités que la banque pourra alors distribuer à ses clients. Il s'agit donc d'une conversion de monnaie Banque centrale en monnaie fiduciaire, pas d'une création monétaire en tant que telle.

Ceci dit, lorsqu'un État a besoin de liquidités et réduire son déficit ou financer ses grands projets, il pourrait en théorie se rapprocher de sa Banque centrale afin qu'elle lui fasse une avance et cela aurait pour effet de gonfler la masse monétaire puisque la Banque centrale octroie une avance au Trésor public. On dit que la Banque centrale fait fonctionner la planche à billets. Si cette avance n'est pas remboursée, alors :

  • La masse monétaire a effectivement augmenté ;
  • L’État pourrait être enclin à réitérer ce genre de comportement de laxisme budgétaire par financement systématique du déficit public par la Banque centrale, ce qui pourrait alors à son tour provoquer des dérives inflationnistes (surchauffe de l'activité et dépréciation de la monnaie).

Cette pratique est interdite dans la plupart des économies développées. On parle de l'indépendance des Banques centrales. Ce principe est défendu au cours du XXème siècle, mais surtout depuis les années 1970, et en vigueur depuis les années 1990[12][13]. Il est particulièrement remis en cause suite à la crise des subprimes de 2008, et est au centre de l'attention durant les années 2020 en France (crise CoVid, dette publique de l’État et son remboursement auprès de la BCE, ...)[14].

Donc, la planche à billets, c'est de la création de monnaie, mais c'est interdit en pratique du fait de l'indépendance des Banques centrales.

Le marché interbancaire

On l'a dit également, les paiements interbancaires s'effectuent sur le marché interbancaire. La monnaie Banque centrale ne circule pas dans l'économie, et ne gonfle donc pas la masse monétaire directement. Là encore, pas de création de monnaie proprement dite.

In fine, les banques

Finalement, nous y revenons, les vraies créatrices de monnaie, ce sont les banques commerciales elles-mêmes. Ce sont elles qui octroient les crédits, et influent directement sur la création de monnaie dans l'économie. Les banques centrales jouent certes un rôle important dans cette création, mais indirect finalement.

Pour aller plus loin

Pour compléter la lecture (au-delà des références en bas de page que nous invitons les wikinautes à consulter), sur ce wiki : Acteurs économiques : Les Banques

Sources

  1. La création monétaire : https://www.lafinancepourtous.com/decryptages/politiques-economiques/theories-economiques/creation-monetaire/
  2. Comment marche la création monétaire : https://www.economie.gouv.fr/facileco/comment-marche-la-creation-monetaire
  3. La monnaie : https://fr.wikipedia.org/wiki/Monnaie
  4. L'ACPR : https://fr.wikipedia.org/wiki/Autorit%C3%A9_de_contr%C3%B4le_prudentiel_et_de_r%C3%A9solution
  5. Site officiel de présentation de l'ACPR : https://acpr.banque-france.fr/fr/lacpr
  6. le taux des réserves obligatoires actuellement (site de la Banque de France) : https://www.banque-france.fr/fr/strategie-monetaire/cadre-operationnel/reserves-obligatoires-facilites-permanentes
  7. 7,0 7,1 et 7,2 Les taux directeurs, une explication de la BdF : https://www.banque-france.fr/fr/publications-et-statistiques/publications/les-taux-directeurs
  8. Les taux directeurs BCE comme instrument de maîtrise de l'inflation : https://www.banque-france.fr/fr/publications-et-statistiques/publications/les-taux-directeurs
  9. D'autres politiques monétaires de la BCE : https://www.lafinancepourtous.com/decryptages/politiques-economiques/theories-economiques/creation-monetaire/le-rachat-de-titres-de-la-dette-publique-par-la-bce-peut-il-etre-assimile-a-de-la-creation-monetaire/
  10. L'assouplissement quantitatif (quantitative easing) : https://fr.wikipedia.org/wiki/Assouplissement_quantitatif
  11. La Banque Centrale crée-t-elle de la monnaie ? (Non) : https://www.lafinancepourtous.com/decryptages/politiques-economiques/theories-economiques/creation-monetaire/les-banques-centrales-creent-elles-de-la-monnaie/
  12. L'indépendance des banques centrales : https://fr.wikipedia.org/wiki/Ind%C3%A9pendance_des_banques_centrales
  13. Historique de l'indépendance des banques centrales (fichier PDF) : https://www.banque-france.fr/system/files/2026-06/EEC_S1E16_FR.pdf
  14. L'indépendance des Banques centrales est-elle une bonne décision ? : https://creg.ac-versailles.fr/l-independance-des-banques-centrales-renforce-t-elle-l-efficacite-des